Économie — Cours 3 : justice distributive, indicateurs d’inégalité et choix individuel (coût d’opportunité)
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1. Annonces pratiques et points bonus — [00:00]
- La session d’aide à la confirmation d’ICM (répondue lundi) continue et atteindra son point culminant avec le test fin octobre : vous aurez un point bonus si vous avez participé aux activités précédentes.
- Exercices : un premier énoncé paraîtra déjà ce week-end ; les séances seront annoncées dans la grille horaire, par groupes auxquels on a été désignés (en général par orientation d’études — les mathématiciens et géographes, eux, ont le choix de l’endroit, « il y en aura [de la place] pour eux », à insérer dans leur horaire). Le prof annonce avoir reçu les détails des groupes la veille au soir. Les séances d’exercices commencent dès la semaine prochaine.
- Répondre à un UCM en rapport avec ces énoncés est également comptabilisé et peut donner un point bonus.
- On peut finir le cours d’éco avec 22/20 (l’ordinateur arrondit obligatoirement à 20) → un 8 peut se transformer en 10 et donne les crédits pour le cours. « C’est évidemment très rentable. »
- Conseil : ne visez pas le 8 (« c’est le meilleur moyen de ne pas y arriver »), visez 12/14 (ou 18/20 si vous êtes passionnés) pour être sûr de les avoir.
2. Thème du jour : finir l’évaluation par l’équité — [00:02]
- Après les critères d’efficacité (Pareto, compensation), on ajoute la question plus générale de l’équité et de la justice distributive : ce qui revient à chacun.
- Rappel : vous y aviez déjà été sensibles dans la discussion de l’année sur l’évaluation des performances des pays (« les 10 % de l’économie ») — ce genre de question est important. Tout cela peut être l’objet d’un cours plus spécialisé.
- Autre forme : la répartition du travail (France vs Allemagne : ceux qui peuvent travailler travaillent-ils, ou les autres sont-ils solidaires ?).
- Dans un quart d’heure / une demi-heure on ne fait que l’effleurer : l’objectif est d’avoir quelques balises et de savoir que le sujet existe (« on peut bien sûr en faire beaucoup plus »).
3. Exercice interactif : « qui paie l’addition ? » — [03:52]
- Contexte : trois personnes au restaurant ; deux plats à 20 €, un à 29 €. Comment partager l’addition ? Quatre réponses au choix (vote aux plaques ; le prof avoue avoir « évidemment oublié » le fonctionnement des plaques depuis les vacances, « et vous pouvez [l’avoir oublié] aussi » — [04:10]). Le prof plaisante : « pas obligé de demander à son copain ».
- Règle : pas de bonne réponse, seulement des réponses justifiables (anonyme, honnête : « vous pouvez être très honnête avec vous-même » ; le prof cache la réponse pour ne pas influencer le vote et garder la surprise).
- Résultats : la réponse majoritaire est « chacun paie sa commande » — [06:37] (avant de révéler, le prof fait deviner : « est-ce que vous pensez que c’est ce que la majorité a répondu ? »).
- Justification d’une étudiante : « Parce qu’en plus, je paye le plus cher, donc autant que je paye, parce que sinon je ne sais pas ce que les autres ont commandé ». Question du prof : « comment savez-vous que c’est vous qui payez 29 € ? » → « Ah oui, c’est vrai, mais sinon, c’est moi qui mange le plus ». (« C’est bien, c’est honnête, c’est sympa. ») Très intéressant : c’est celui qui paie le plus qui le propose spontanément → plus de discussion possible. C’est déjà une position non individualiste (on tient compte des autres).
- Autre justification : si on décide des règles avant d’entrer, tout le monde est à l’aise ; quelqu’un qui mange moins se sentirait malmené de payer plus, et un gros mangeur n’oserait pas (ou exagérerait) par peur ou par profit → problème d’information et problème d’incitation (l’incitation reviendra beaucoup dans la suite du cours).
- Deux types d’arguments se mêlent (à distinguer !) :
- justice : tenir compte des autres (ne pas faire payer son repas par les copains ; position « pas individuelle », qui tient compte des autres) ;
- efficacité : payer le coût réel de ce qu’on consomme → on s’informe et on ajuste sa consommation à son coût (évite la surconsommation sur le dos des autres). Celui qui veut moins paie moins, celui qui veut plus paie plus — mais il est freiné par le fait qu’il paiera plus. Une telle décision est « parfaitement informée » (elle tient compte du coût réel de la décision). Première partie (= efficacité) : qu’est-ce que je consomme vraiment ; deuxième partie (= justice) : comment je tiens compte des autres.
4. Réponse « à parts égales » : simplicité et solidarité — [11:34]
Réponse minoritaire (36) : on partage. Le prof fait réagir la classe : « est-ce que ça ne vous est jamais arrivé, pendant les vacances ou un soir en sortie, de partager des consommations inégales de manière égale ? » → oui, des étudiants le confirment (« on va faire trois tiers, on va payer chacun la même chose »). Deux justifications possibles :
a) Argument pragmatique (facilité)
- Calculer le compte exact prend du temps, coûte et est difficile à organiser ; ce qu’on perd en imprécision est moins coûteux que ce qu’on gagne en facilité → « le mieux est l’ennemi du bien » (à vouloir faire encore mieux, ce ne sera même plus le bien). « On sait bien que ce n’est pas parfait, mais c’est plus facile comme ça. »
- C’est aussi l’argument de la loi égale pour tous (égalité devant la loi, grand principe révolutionnaire de 1789 et de 1830) : il y aurait des cas particuliers où faire autrement serait « mieux », mais c’est trop compliqué, donc en général la loi est la même pour tout le monde. Entre le coût de la facilité et le coût de la perfection, on choisit la facilité — la facilité coûte moins que la perfection.
- C’est un argument qui revient souvent dans la législation (l’État fait des lois identiques pour tous).
b) Argument de solidarité (justice distributive)
- Analogie avec les salaires différents : pourquoi taxer plus les riches ? Pourquoi l’impôt progressif ? Le prof cite le barème belge : pas d’impôt sur les ~10 000 premiers euros gagnés, puis taux croissants (il cite 41 %, 30 %, 40 %) jusqu’à très vite 50 % au-delà d’à peu près 40 000 €/an — [16:04]. C’est le même principe inversé : les deux à 20 € contribuent au plat à 29 € de leur copain.
- Exemple médical — [17:35] : la personne à 29 € y est obligée pour des raisons médicales (le lactose dans les plats à 20 €, le gluten, le sucre, n’importe quoi ; la seule autre solution sur la carte est le plat à 29 €). Là, la solidarité suggère (n’impose pas nécessairement) que ceux qui ont la chance d’être en bonne santé et d’avoir le choix prennent en charge le surcoût imposé par la situation médicale.
- Distinction clé : un plat cher choisi parce qu’« on mange plus » (individu responsable) n’est pas du tout la même chose que le plat cher de celui qui n’a pas le choix. On tient compte des situations, pas des individus (une situation médicale mérite d’être reconnue en tant que telle, que ce soit la situation de A, B ou C — « si moi, en bonne santé, je me trouvais dans cette situation, je serais bien content que les autres prennent en charge une partie du surcoût »).
- Différence avec « consommer sur le dos des autres ».
- L’énorme problème d’information : comment vérifier qu’un chômeur de longue durée (sans possibilité d’emploi) ou un malade de longue durée (sans possibilité de guérison, ou sans possibilité de travail adapté) est réellement dans cette situation et n’abuse pas ? Les abus (ceux qui « se prétendent malades » ou « incapables de trouver un emploi alors qu’ils n’en cherchent pas ») mettent en danger la solidarité. Mais avant la question de la mise en œuvre, il faut comprendre la question du fondement : « il peut y avoir des différences pertinentes entre personnes qu’on veut compenser par souci de justice / solidarité ». Si vous comprenez ça, « vous avez compris tout ce qui suit ».
- Retour France/Allemagne — [22:26] : que veut dire « juste » ? Plus de personnes qui travaillent (participation) vs ceux qui ont une bonne raison de ne pas travailler ne travaillent pas (idée française, qui va « probablement un peu loin »). En Allemagne / Pays-Bas : « la solidarité c’est aussi chacun participe à la vie de la société », quitte à produire un peu moins / travailler moins d’heures, avec des compensations : en Belgique il existe un chômage à temps partiel (le temps partiel de travail ne suffit pas à couvrir le revenu) — différent du chômage à temps plein. Pas de bonne réponse, mais une discussion nécessaire.
5. Les critères de justice distributive (slides) — [25:47]
- On ajoute un critère de distribution (des revenus, des activités ou des dépenses) aux critères d’efficacité — [24:23].
- On tient compte de caractéristiques situationnelles (santé, capacités productives…), pas « à la tête du client ».
- Les critères de justice :
- Traitement égal des égaux — [28:02]
- Responsabilité
- Amélioration du statut du plus mal loti (maximin)
- Égalité des résultats
- Il peut y avoir des conflits entre critères (ex. le critère de responsabilité engagé dans la note de restaurant / la question médicale).
5.1 Traitement égal des égaux — [28:02]
- Slide : « l’égalité consisterait à donner à tout le monde la même chose… ça ne marche pas » ; « l’équité, ou la justice distributive, donne à chacun selon ses besoins » — mais uniquement des besoins qui ne relèvent pas d’un choix (l’intolérance au lactose ; la taille). [26:13]
- Travail égal, salaire égal = « traitement égal des égaux ». Exemple des spectateurs de tailles différentes derrière une barrière : quelqu’un qui mesure 1 m 40 ne voit pas au-dessus de la barrière → il faut une « deuxième caisse pour se mettre debout dessus ». On compense ce qui n’est pas choisi (mesurer 1m20/1m40) ; inversement on responsabilise : le grand gaillard (d’« 1 m de plus ») n’a pas besoin de marchepied pour voir le match, il est responsable de sa capacité à voir le match — [27:00]. Critère objectif, non manipulable, indiscutable (« il n’y a personne qui fait l’idiot »).
- Discrimination non justifiée : si une même femme gagne moins pour un travail égal → problème. Les entreprises allèguent l’« anxiété »/maternité (le prof note que la natalité est devenue très faible en Europe —[28:58]—, quasi nulle, ce qu’il qualifie de « dramatique ») → d’où la question : rémunérer sur le travail presté maintenant, ou sur toute la carrière ? (Pour les femmes, le travail presté au moment où il est mesuré serait plus logique.) Pour corriger, il faut un critère qui ne dépend pas de la personne mais de la situation (celle de femme et, symétriquement, celle des hommes — cf. le congé de paternité ci-dessous).
- Digression incitants : à l’État, les salaires suivent surtout la longueur de la carrière (« fidélité » à l’État, anti-corruption : les fonctionnaires sont payés pour rester le plus longtemps possible) → le fonctionnaire est assuré de rester à vie, son salaire ne fait que monter → éthique encouragée dans les grands corps (armée, magistrature, administration, administration fiscale…) ; « il y a peut-être moins de fonctionnaires corrompus que de politiciens corrompus ». Le politicien, lui, sait qu’il peut perdre sa place aux élections suivantes et « doit s’assurer sa retraite » maintenant → problème d’incitants (on y reviendra).
- Le congé de maternité : solution institutionnelle pour traiter la situation de femme et d’homme de manière égale — on peut même imposer le congé de paternité aux hommes pour mettre les deux sexes à égalité (« là, je discute »).
5.2 Responsabilité — la base de l’égalité des chances
- La responsabilité fonde l’égalité des chances — [31:49] : compenser les états non choisis (le petit ne « choisit » pas de mesurer 1m20 ; le grand est responsable de voir le match). « C’est souvent bien ce qui fonde l’égalité des chances ».
- Enseignement : l’État investit beaucoup dans un enseignement quasi gratuit ou tout à fait gratuit → l’accès aux études et aux métiers ne doit pas dépendre de la situation financière de départ, mais des aptitudes (« le choix doit être basé sur les aptitudes, pas sur les moyens de les payer » ; « les aptitudes, ça c’est le jeu » ; « il vaut mieux choisir les études qui vous conviennent »). « Rien n’est gratuit, il y a toujours quelqu’un qui paie » → de petites contributions peuvent responsabiliser (on se dit « je n’ai pas envie de payer trop, je veux avancer dans mes études ») et rendre fier (je contribue aussi à un service pour toute la société).
- Fourchette de discussion : 0 € au Danemark vs **50 000 (des bourses existent), mais il y a une fameuse barrière : ce n’est pas toujours facile d’obtenir une bourse. Californie : l’État de Californie, propriétaire de ses universités, demande très peu à ses résidents (la transcription fait état de « 30 000 $ » — chiffre peu audible) — ex. Berkeley (baie de San Francisco), qui compte autant de prix Nobel qu’Harvard (une privée), appartient à l’État de Californie : si vous êtes Californien avec les qualifications académiques, vous y étudiez à prix très bas — [34:05].
5.3 La diversité des résultats — [34:35]
- L’égalité des chances n’exclut pas la diversité des résultats — et cette diversité peut être problématique (différences trop grandes, pas toujours la responsabilité de la personne) :
- travailler autant d’heures dans un métier bien payé et dans un métier mal payé ne donne pas le même revenu → pourquoi ce métier est bien/mal payé ? (un métier plus demandé que l’autre ; trop de monde dans le métier mal payé, trop peu dans l’autre…)
- mais souvent l’écart tient à des phases d’ajustement globales entre métiers (phénomène global d’ajustement du marché), qui ne dépendent ni des choix individuels ni des choix collectifs → « aucun des deux n’est responsable » : sans le travail/le choix d’études on n’aurait pas ce salaire, mais l’écart avec l’autre n’est pas uniquement dû au travail ou aux études (circonstances globales de marché).
- → justification éventuelle de vouloir compenser et viser une égalité des résultats.
5.4 « Chacun selon ses capacités, chacun selon ses besoins » — [36:23]
- L’idéal communiste — jamais vraiment marché (« c’est le rêve aussi de la discussion sur le partage de la note de restaurant »).
- En pratique : comment révéler les capacités et les besoins ? Dès que quelqu’un d’autre paie, « mes besoins deviennent très grands » (comme l’a dit un étudiant). Anecdote de l’ami conseiller communal quittant l’entreprise à la retraite : « Tu sais Alain [le prénom du prof], c’est incroyable comme c’est facile de dépenser l’argent des autres » — après son vote de son premier budget communal, « dans mon entreprise, c’était nettement moins facile ».
- Deuxième aspect : dire aux gens de se donner à fond pour les autres « n’arrive pas toujours et partout » (sans croire pour autant que les gens sont mauvais) → il faut un minimum d’incitants à révéler ses capacités (rémunérer les productions) ou de reconnaissance (on donnait des médailles sans argent derrière — l’ouvrier Stakhanov, le stakhanoviste, reconnu pour avoir bien travaillé pour la production nationale : une médaille, pas d’argent, pas un plus bel appartement ; « le communisme a beaucoup fait ça aussi »). Sinon les gens s’investissent moins.
- Idéal à ne pas éliminer, mais à mettre en œuvre par compromis (« le paradis, le grand soir, ce n’est peut-être pas aujourd’hui », et on ne peut pas « faire mourir tout le monde pour que ce soit demain » ; parfois « on partage la note en trois : c’est vraiment pas mieux, mais c’est juste plus facile et ça ne fera pas trop de dégâts »).
6. Mesurer l’inégalité : Gini et Lorenz — [39:48]
- Le coefficient de Gini vient d’un statisticien nommé Gini, et la courbe de Lorenz d’un autre statisticien, Lorenz (vous reverrez ce graphique dans le cours de stats).
- Axes : population (%) en abscisse, revenu total (%) en ordonnée. 0 % d’habitants → 0 % de revenus ; 100 % d’habitants ensemble → 100 % des revenus (sinon « il y a des fuites dans le système »).
- Égalité parfaite : 10 % des habitants ont 10 % des revenus, 20 % en ont 20 % → la diagonale (belle ligne droite, la « diagonale de l’égalité »).
- Réalité : les 10 % les plus pauvres n’ont pas 10 % des revenus (« s’ils ont 5 %, c’est déjà vraiment mal ») → la courbe de Lorenz (la courbe de réalité, noire) reste en dessous ; ce n’est qu’en incluant le dernier pourcent le plus riche qu’on retrouve les 100 % des revenus.
- L’écart entre la diagonale et la réalité = l’inégalité (l’aire de Gini), mesurée par le coefficient de Gini (0 = égalité parfaite, 50 % = fort inégalitaire — si Gini 20 % vs 50 %, le pays le plus égalitaire est celui à 20 % ; il n’est jamais tout à fait égalitaire : il faudrait un Gini zéro).
- Belgique — [43:08] : « Cocorico »… un des Gini les plus bas du monde — après redistribution = après impôts et allocations sociales. Autre mesure de pauvreté : les gens qui ont moins de 50 % du revenu médian (= du revenu de 50 % de la population) → fort bas en Belgique ; si on monte à 60 %, plus de gens (entre 50 et 60 %) tombent dans la population à risque de pauvreté — [43:30].
- Comparaisons — [44:18] : les pays qui héritent du communisme restent très égalitaires ; la Belgique, qui hérite aussi du catholicisme social, garde une volonté de redistribution maintenue → coefficients assez favorables ; les Suédois, très égalitaires, le sont moins qu’avant ; le Royaume-Uni est très inégalitaire (le prof ne l’a pas mis sur la slide) ; « d’autres pays sont un peu plus inégalitaires que la Belgique ».
- Autre forme d’inégalité : la répartition du travail — encore une question de participation (renvoie au débat France/Allemagne).
- On peut ensuite combiner les critères (équité + efficacité + les différentes formes de justice : égalité des chances, égalité des résultats) — mais « dans certains cas on ne pourra pas tout combiner » (si on donne à tout le monde la même chose, problème d’injustice au niveau des conditions de départ).
7. Combiner les critères : équité vs efficacité — [45:24]
- Exemple des trois villages A, B, C et de la caserne de pompiers — [45:24] : si on veut la caserne à égale distance de chacun des trois villages, il faut la mettre au point B, pour que tout le monde soit content ; mais au point E elle serait en fait plus près de tous les villages, surtout de B. Si on prend l’option « à égale distance », les villages A et C, jaloux de B, y gagnent… moins qu’en E (le point « à égale distance » D est plus loin de A et C que E). « Des jaloux, au nom de l’égalité, sont capables de se servir eux-mêmes moins bien » → l’égalité stricte peut pousser à une solution inefficace.
- Résultat : parfois, l’égalité est plus souhaitable que l’efficacité (services publics, etc.).
- Long terme : concentrer tous les services à la capitale = « Paris et le désert français » (expression française, « ce n’est pas de moi ») : c’est plus efficace pour « toucher plus de gens », mais on réduit les possibilités de développement du reste du pays (on « vide » les autres régions) — on réduit la production du reste du pays sans augmenter significativement celle de la capitale, qui au contraire voit ses coûts augmenter (capitale congestionnée). Ce n’est donc même pas qu’une question d’équité : c’est une question d’efficacité à long terme.
- Hommage aux politiciens — [48:00] → [49:06] : après son expérience dans le monde associatif (pas la politique, « ça n’est vraiment pas une capacité pour [lui] »), il a réalisé que « le boulot était beaucoup plus difficile qu’on ne pensait » — ce qui explique, dit-il, le regard « avec une grande perplexité » [48:14] que les étudiants posent sur lui quand il présente tout ça. Le politicien doit : trancher sans toute l’information sur les effets immédiats et futurs et sur le comportement des gens, tâcher de trouver la solution la moins mauvaise, accepter occasionnellement de se corriger, avoir un souci de l’intérêt général autant que des gens qu’on représente, avoir la capacité de négocier et de discuter, et ne pas chercher uniquement son intérêt personnel. Citation de Jérôme Paul : « Les gens ne sont pas des parvenus. » [49:08] (Mais les incitants : « qu’est-ce que j’aurai quand je ne serai plus élu ? » → problème des incitants, comme pour Trump…)
8. Application fiscale : impôt sur le capital vs TVA — [50:12]
- On reparle d’un énième impôt sur le capital à l’actualité (après des années à les diminuer, « maintenant on ne fait que les augmenter »). Deux buts : (1) l’égalité — on ne peut pas contester que si l’impôt sur le capital touche vraiment les plus riches, il favorise l’égalité ; (2) remplir les caisses de l’État, qui « ne se remplissent plus aussi bien qu’avant ». Mais pas la meilleure solution, surtout pas dans un petit pays ouvert comme la Belgique — d’autant que les statistiques montrent que l’impôt belge sur la consommation est plus bas que dans la plupart des pays voisins.
- TVA / impôt sur la consommation : touche tout le monde (les riches consomment plus → « à moitié vrai » l’argument qu’il « toucherait les pauvres qui ne peuvent pas faire autrement que consommer »), suit immédiatement l’évolution de l’activité économique (« quand la transaction se fait, la TVA la taxe »), contrairement au capital ou au travail (avec retard).
- Exemple Pologne des années 90 — [51:32] : le prof y a travaillé ; système plus ou moins planifié communiste, tout basé sur la production (logique marxiste des moyens de production), pas de TVA ; en changeant de système, la consommation devient le moteur de l’économie → l’UE exige la TVA pour adhérer (« vous ne pouvez pas entrer dans l’UE sans TVA ») → découverte d’une source de revenus « très importante » qui suivait de très près l’évolution de leur économie.
- Belgique : si le but du « conclave gouvernemental » est de récolter de l’argent, il faut monter la TVA de 21 % à 22 % — [52:32] ; elle restera toujours plus basse qu’au Danemark, en Suède, en Finlande et en Norvège (pays réputés sociaux). « Injuste » parce que ça touche la consommation du pain ? Pas trop : le pain n’a jamais été taxé à 22 %, mais à 6 %. « Ce sera pas si injuste si les revenus sont utilisés à aider les plus pauvres » : il faut regarder comment l’argent est dépensé, pas seulement comment il entre → un système fiscal n’est juste qu’en regardant recettes ET dépenses.
- Citation : « Il paraît que la politique, c’est l’art de prévoir » (le prof glose : prévoir qu’on va poser des problèmes au gouvernement pour espérer le battre aux élections suivantes).
- Erreur du gouvernement de la Communauté française — [53:50] : pour plaire, il a annoncé qu’il n’indexerait pas le minerval de 803 € → une « bombe » à retardement (la non-indexation devient de plus en plus coûteuse au fil du temps), une mesure du genre « un peu de tout, rien à fond », au lieu de mettre en place une vraie recette (p. ex. une TVA à 23 % comme le Danemark, où « le minerval est à zéro » avec leurs 23 % de TVA) qui aurait même permis de mettre le minerval à zéro. La bombe n’apparaît pas dans les comptes du gouvernement qui accepte cette non-indexation, mais dans ceux du suivant.
- Mettre plusieurs critères en balance — [55:18] : au total, il faut penser la décision en équilibrant les uns par rapport aux autres les différents critères, pour arriver à une décision « la plus juste possible », « non seulement pour aujourd’hui, mais aussi pour demain ».
9. D’autres indicateurs de performance — [55:54]
- IDH (indicateur de développement humain, depuis les années 70) : vision « capacitaire » d’Amartya Sen — [56:04] (économiste d’origine indienne ; son Inde, pays parmi les plus grands écarts du monde : les plus brillants cerveaux et les plus grandes fortunes d’un côté, des gens qui ne savent pas ce qu’ils mangeront le lendemain ni s’ils pourront aller chez le médecin ; c’est aussi un pays parmi ceux qui comptent le plus de prix Nobel, littérature et sciences économiques) : mesurer les capacités d’accéder (se nourrir, se soigner — « tâchons d’augmenter les capacités des gens d’avoir accès à manger, aux médecins ») et donc les possibilités de se réaliser (espérance de vie, scolarité) plutôt que seulement l’input (l’aide ne se confond pas avec la réalisation : « on confond un peu input et output »). Le prof laisse la comparaison de quelques pays sur la slide à examiner soi-même.
- Diagramme radar / multi-objectifs : appliquer Pareto à des programmes (enseignement, entreprise…) : si l’année 2 fait mieux que l’année 1 sur tous les objectifs → progression. Faisable sur Excel.
- Économie du donut (livre à succès de Kate Raworth — [58:10] ; « la pâtisserie ronde qui inspire les esprits ») — [58:46] : la sagesse grecque « medèn àgan » (rien de trop, jamais trop — on la trouve par opposition aux excès qu’on voit dans l’Odyssée et la guerre de Troie) : ne pas dépasser les plafonds écologiques (le monstre qui vous dévore quand on dépasse les limites climatiques) ni tomber sous le minimum social (le gouffre qui absorbe tout) ; et « kalos kagathos » (beau et bon) — [59:48] : les deux mots toujours ensemble — « souhaitez à vos amis non seulement une bonne journée, mais une belle journée. Ça change tout. Soyez positifs. »
- 17 objectifs de développement durable (ONU) — [1:00:12] : on ne peut pas tous les suivre à la fois, mais ils inspirent entreprises et gouvernements (« je vais progresser dans tel ou tel objectif »).
10. Bilan du chapitre 1 : critères vs indicateurs — [1:02:20]
- Critères (formels) : Pareto, compensation, traitement égal des égaux, responsabilité, égalité des chances… Il faut connaître les critères puis savoir les appliquer (le marteau vs le tournevis ; « qu’est-ce que je fais avec Pareto ? avec compensation ? avec le traitement égal des égaux ? ») et savoir s’ils sont compatibles ou en conflit (les nommer quand il y a conflit ; se réjouir quand tout concourt dans le même sens). Le critère de Pareto est « très formel » : pas moyen d’augmenter la performance sur un critère sans diminuer celle sur un autre.
- Indicateurs : en business on les appelle des KPI (Key Performance Indicators) — [1:02:20] ; le prof ironise : « oui, désolé, les gens en business, c’est pour ça qu’ils parlent [en sigles] ». Il faut comprendre, définir, calculer les indicateurs auxquels on applique les critères : PIB (= valeur ajoutée = revenu, et donc aussi base soumise à la TVA), Gini, mesure du temps de travail et de loisir… → si vous savez faire ça, on maîtrise le chapitre 1 (« vous maîtrisez le chapitre 1 »).
- Le prof montre plein d’exemples concrets en plus des définitions et applications : on va les appliquer en séance d’exercices (plus cadré, mais « toujours la même chose »). « Ce que j’espère avec toutes les histoires que je vous raconte, c’est rendre le cours plus concret », car demain vous serez assistant parlementaire d’une députée, décideur dans votre entreprise, conseiller du syndicat ou du patronat, communicateur d’un parti, d’une association, d’une entreprise → il faudra savoir vous positionner (ou rendre la position de votre patron).
- Le prof invite à poser des questions à la fin (« Sinon, n’hésitez pas à me poser des questions »).
11. Transition : la décision économique — [1:05:14]
- L’éco = satisfaire des besoins avec des ressources limitées mais polyvalentes → il faut choisir. Ces choix peuvent se faire au niveau individuel (« chacun peut faire sa petite analyse dans son coin »), sans même avoir besoin d’argent : la première contrainte, c’est le temps.
- Trois niveaux de décision :
- individuel (même Harry Potter doit choisir — [1:05:46] : la première contrainte, c’est le temps) ;
- paramétrique (interaction via un paramètre : « je vais chez le boulanger, je sais d’avance combien le pain va coûter » — ex. il coûte 3 €) ;
- stratégique — [1:06:18] : mes réponses dépendent des réponses des autres (« je change mon prix si mon concurrent change le sien, sinon je ne le change pas ») → interdépendance explicite, pas médiatisée par un intermédiaire (le prix) : soit je décide sur base du prix (qui est un moyen de m’informer), soit je décide en pensant à comment l’autre va réagir à ma décision stratégique.
- On commence par le choix individuel et son concept central : le coût d’opportunité.
12. Coût d’opportunité : définition et exemples — [1:07:52]
Définition : le coût d’opportunité (ou coût de renonciation) est la valeur du meilleur autre usage qu’une personne pourrait faire d’une ressource (ici le temps) consacrée à une activité donnée.
- Idée de base : une activité consiste à renoncer à une autre (l’activité choisie a un bénéfice — sinon on ne la choisirait pas — mais l’autre en a aussi et on y renonce). Et la conclusion dépend de ce qu’on a déjà — [1:08:28] : « vous l’aviez d’ailleurs très bien senti la fois précédente quand vous avez dit : oui mais ça dépend de combien on a déjà » — si on a déjà beaucoup d’une chose, on est prêt à en prendre un peu moins pour avoir plus d’une autre (beaucoup de revenus → préférer un peu plus de loisirs, « qu’on a trop peu ») ; « si la Belgique a déjà beaucoup d’impôts sur le travail et le capital, peut-être qu’elle pourrait avoir un peu plus d’impôts sur la consommation. Ou pas. »
- Publicité smartphone babysitting — [1:09:16] : une pub « que vous avez peut-être vue, il y a déjà un petit temps », qui « ressort de temps en temps », avec des « sympathiques smartphones qui commencent à devenir vieux » : « 1 h de babysitting = 1 smartphone » → 9 €/mois (avec abonnement ; le prof évoque les « coûts cachés ») = le revenu d’une heure de babysitting, elle-même une heure qu’on ne consacre pas à étudier/sport/scroller → c’est une heure libre qu’on transforme en revenu pour s’acheter le smartphone → le vrai choix est entre du temps libre/une autre activité et du babysitting ; l’heure de babysitting « investie » pour les 9 € et le smartphone.
- Lire vs voyager : le coût d’opportunité d’un jour de lecture = un jour de voyage (pour telle personne ; pour une autre le meilleur autre usage sera le sport…). « Le prix à payer » se paie en satisfaction d’un autre domaine, pas directement en euros. C’est à chacun d’identifier son meilleur autre usage.
- Dans les entreprises : le marchand de glaces qui fait des crêpes renonce au revenu des glaces pour le revenu des crêpes (la ressource temps ne peut servir qu’à une chose à la fois — sauf si on a plusieurs personnes).
- Exercice « frais de rentrée » (association de défense des consommateurs Testachats, document de presse de septembre/rentrée 2010 — [1:12:36] ; le prof précise qu’elle s’inquiète chaque année à la rentrée des frais) : question = y a-t-il un intrus dans le tableau, une donnée qui ne relève pas du coût d’opportunité de la rentrée ? Réponse : les vêtements — « il faut s’habiller de toute façon, qu’on aille à l’école, au travail, à la maison ou à la plage » → ne font PAS partie du coût d’opportunité de la rentrée (on s’habillerait quand même). Exception : si l’école impose un uniforme vraiment plus cher que les vêtements normaux, ou des vêtements d’atelier très spécifiques à charge des parents → là oui, coût d’opportunité. (Les cartables : « on peut discuter de savoir s’il faut en acheter un nouveau chaque année ».)
13. Exercice : coûts et bénéfices des études supérieures — [1:16:02]
Tableau en trois colonnes : coûts / bénéfices / ressources.
Coûts (à quoi on renonce)
- Question posée : à quoi renoncez-vous pour venir vous asseoir ici à 8 h 30, toute la semaine et toute l’année — [1:16:02] ?
- Temps (ressource temps) — [1:16:30] : le sommeil (« vous n’allez quand même pas dormir 24 h/24 ; sorti tard la veille, c’est votre choix »), les loisirs/sport, enfin le travail et les revenus du travail — [1:18:02] (dans d’autres amphis la première réponse serait « le travail et les revenus du travail »). Le temps sert à étudier, dormir, travailler… et « aider les autres, que sais-je » ; beaucoup d’entre vous jobent quand même (nécessaire aussi).
- Détail du prof : s’il y a des gens qui « étudient du panier » (bachotent à la dernière minute), c’est dommage, car avec son schéma découvrir → comprendre → maîtriser, découvrir et comprendre sont déjà faits, il ne reste qu’à maîtriser — [1:17:06].
- Anecdote du fils de fermier — [1:18:14] : dans le village (en Flandre) du prof, un vieux monsieur de plus de 90 ans raconte : « moi, j’étais fils de fermier ; il n’était pas question que je fasse l’université. Mes parents ont quand même accepté que je fasse le supérieur de type court, un graduat (aujourd’hui un bachelier professionnel) » — car le fermier avait besoin de son fils pour les moissons et la ferme, on ne pouvait pas lui payer trop de temps d’études. Ici le coût d’opportunité n’était pas seulement l’argent, c’était le temps passé à la ferme.
- Argent : minerval, frais de scolarité, dépenses spécifiques.
- Préfinancement — [1:22:58] : ce que vous ne gagnez pas doit être financé par l’argent de quelqu’un d’autre (les étudiants américains empruntent, avec intérêt, et remboursent après ; vous : parents, CPAS/bourses, État — « qui ne demande pas d’être remboursé, ni d’intérêt, contrairement aux banques américaines »). Cet argent aurait pu servir à autre chose → c’est là que les vêtements/nourriture deviennent un coût (parce que payés avec de l’argent qui aurait pu servir ailleurs — « si vous travaillez, vous payez vos vêtements vous-même ; sinon, quelqu’un d’autre les paie au lieu d’autre chose »). Voilà l’intérêt de venir à un cours d’éco : « on voit un peu plus loin ».
- Relations : ceux qui viennent seuls, de loin, quittent leurs amis (+ surcoût affectif) — certains arrivent avec leur bande de copains de la même école et continuent à s’amuser ; d’autres viennent tout seuls (personne de leur école n’a choisi ces études) ou de très loin, d’un pays lointain, et ne voient leurs amis que le week-end, parfois seulement l’été → « une grosse différence » (important de ne pas être seul dans la vie).
Bénéfices
- Individuels : revenus futurs du travail et intérêt futur du travail (un travail plus intéressant et mieux rémunéré), un loisir mieux géré (« c’est pas mal d’avoir au club de foot quelqu’un qui s’y connaît en gestion, en communication » ; comprendre ce qui se passe au cinéma), la culture générale (comprendre l’économie éclaire l’histoire — voir ci-dessous), ouverture d’esprit, nouvelles connaissances/amis (« on a quitté ses amis mais on en fera d’autres » ; ça encourage à parler aux voisins), participation à la vie culturelle et sociale, et santé.
- Guerre de Troie / routes commerciales — [1:25:22] : « il y a une phrase (probablement d’une relecture contemporaine, pas sûr qu’elle soit dans Homère) : Agamemnon a voulu conquérir Troie pour la belle Hélène ? Non, pour les routes commerciales de ses bateaux. » Ces routes, « encore toujours les plus disputées et discutées du monde », vont de la Méditerranée à la mer Noire en passant par le détroit du Bosphore (Istanbul) ; au nord de la mer Noire : l’Ukraine (endroit disputé économiquement). D’où l’intérêt d’une formation en économie en plus de la philo, l’histoire, la psychologie, la politique, pour mieux lire l’Iliade et l’Odyssée ou n’importe quel film.
- Santé — [1:27:50] : dans les pays du tiers-monde, plus les jeunes filles font des études, meilleure est la santé de leurs enfants (elles savent s’y prendre). Attention : en Europe du Nord, les femmes ont fait tellement d’études qu’« elles ne savent plus prendre un enfant en main » (les hommes non plus) ; et sans études, on ne sait pas non plus suivre la santé ou la scolarité d’un enfant. La Belgique est à 1,6 enfant par femme (sous le seuil de remplacement) — « ce n’est pas un jugement, c’est une observation ».
- Cours de parenting (USA) — [1:28:16] : aux États-Unis, dans une bonne mutuelle (équivalent), quand une naissance s’annonce, les parents sont invités avec insistance (sinon on peut les exclure du système de remboursement) à suivre des cours de parenting — faire face à un accouchement « ce n’est pas rien », et puis « qu’est-ce qu’on fait avec ce machin qui crie ? ». Ces bénéfices apportent des gains directs et indirects, et parfois quelques coûts indirects.
- Collectifs : une population mieux formée = plus productive, plus capable de discuter, de prendre des décisions raisonnables, de se dire « il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas suivre » ; santé publique, redistribution, droit à l’essai ; méritocratie plutôt qu’héritage : on n’obtient pas un poste dans l’administration, la politique ou l’entreprise parce qu’on est fils/fille de quelqu’un, mais parce qu’on a les qualifications. Donc l’État investit : non seulement pour des raisons sociales (diminuer le seuil d’accès des personnes à faibles revenus), mais parce que les bénéfices dépassent l’individu (un individu formé est un contributeur et un partenaire/participant intéressant pour la collectivité, au-delà de son propre revenu) → cela justifie un investissement collectif. (Le prof note, non sans ironie, que c’est « douloureux pour monsieur Trump » de reconnaître que les universités sont quand même bien — surtout quand elles critiquent le gouvernement…)
- Coût réel d’une année d’université — [1:29:44] : ~5 000 €, dont ~1 200 € payés par l’étudiant ; « l’université ne peut pas équilibrer ses comptes avec vos 1 200 € » → les ~4 800 € autres viennent directement de l’État.
- Médecine : avec tout l’équipement nécessaire, on est à ~810 000 € (par étudiant) — [1:30:02] ; « c’est quand même bien d’arriver à le faire pour 10 000 » (alors que les universités anglaises ou américaines demandent 30 000 ou 50 000 [dollars] et ne contrôlent pas leurs coûts / paient trop cher certaines de leurs ressources). Comparaison : les études belges sont aussi bien et beaucoup moins chères.
- Conseil : avant d’aller faire des études chères à l’étranger, demandez-vous si les études belges ne sont pas tout aussi bien pour beaucoup moins cher. Pour le doctorat et les masters après master, allez à l’étranger ; même pour le premier master, un autre pays européen permet d’étudier pour le même prix qu’en Belgique (pas cher), sans gaspiller inutilement les ressources — les vôtres ou celles de quelqu’un — et « ça apprendra à ceux qui font des trucs trop chers à contrôler leurs prix ».
14. Coût d’opportunité selon la personne et la durée — [1:34:16]
- Justine Henin vs Marie Curie — [1:33:36] → [1:34:16] : le coût d’opportunité des études n’est pas le même selon la personne, les autres opportunités et les aptitudes. Le prof interroge la classe : « est-ce une bonne idée pour Marie Curie de faire un doctorat ? » → oui (ça peut lui ouvrir des opportunités supplémentaires) ; « et pour Justine Henin ? » → quelqu’un répond non.
- Marie Curie (2 prix Nobel, physique et chimie, début du XXᵉ) : bonne idée de faire un doctorat en sciences — « il faut se confronter à la science pour être soi-même créatif, ce n’est pas tout à fait de naissance ». Son coût est faible (« elle a déjà la tête faite comme ça, il faut juste un peu la stimuler ») mais surtout son bénéfice est énorme (pas tellement en euros / en francs-or) → prête à en payer le coût (l’isolement dans un labo, le risque de maladie car la radioactivité était mal maîtrisée) → beaucoup d’années d’études (elle est restée à l’université un peu plus longtemps que la moyenne, même mariée).
- Justine Henin : non — elle renoncerait à « beaucoup trop de performances sportives » (et produirait beaucoup de spectacles et de satisfactions pour tous en faisant du sport) → coût d’opportunité énorme (c’est le coût de cette « carrière en or olympique ») → très peu d’années d’études, « presque pas ».
- Marie Curie a produit un énorme progrès scientifique ; pendant la guerre de 1914 — [1:45:22] — elle a organisé des voitures équipées de machines à rayons X pour soigner les soldats sur le front (on venait de découvrir les rayons X).
- Durée : renonciation ≠ selon le niveau — [1:35:38] : le prof demande « vous allez faire combien d’années d’études ? 3 ? 5 ? 10 comme moi ? » :
- bac : « c’est cher mais pas trop cher » — on renonce à très peu de revenus (sans bac on gagnerait peu) → coût modéré ;
- master : + cher (on renonce davantage ; un bachelier peut déjà gagner un revenu, et on passe 2 ans de plus à 0 revenu en dépensant de l’argent qu’on n’a pas ; on peut aussi « commencer à avoir un peu marre d’être tout le temps dans des amphis ») ;
- doctorat : renoncement maximal (on renonce à un vrai salaire de master, « pas des petits revenus »). La plupart font un doctorat pour le plaisir de la science / parce qu’ils aiment la science, pas pour le salaire.
- Pour un master 60 (1 an) vs master 120 (2 ans) : le master en 2 ans ajoute un coût supplémentaire encore plus grand, car après un master en 1 an on peut déjà gagner de l’argent.
Coût total, coût marginal et bénéfice marginal — [1:36:44]
- Chiffres très arbitraires, uniquement « pour vous apprendre à calculer un coût total et un coût marginal ».
- Coût total (cumulé) : an 1 = 20 000, an 2 = 45 000, an 3 = 70 000, an 4 = 110 000, an 5 = 160 000, an 6 = 230 000 € (la 1ʳᵉ année coûte 20 000, la 2ᵉ 25 000 tout compris, la 3ᵉ encore 25 000, la 4ᵉ 40 000 en plus, la 5ᵉ 50 000 en plus, la 6ᵉ 70 000 en plus).
- Coût marginal : l’augmentation du coût total due à une année de plus (25 000, 25 000, 40 000, 50 000, 70 000…). Le coût marginal n’est pas le coût du master : c’est la différence entre master et bac (le supplément d’une unité supplémentaire — notion qui reviendra très souvent dans le cours).
- Bénéfice marginal : le bénéfice (revenu à vie) ajouté par une année de plus : 1ʳᵉ année +1 000 000 (revenu à vie total : 1 M) → 2ᵉ année +500 000 (on passe à 1,5 M) → 3ᵉ année +300 000 (1,8 M) → 4ᵉ +100 000 (1,9 M) → 5ᵉ +50 000 (1,95 M). C’est le bénéfice supplémentaire qu’apporte une année d’études supplémentaire. (Exemple : en informatique, un bachelier peut déjà très bien gagner sa vie ; un master n’ajoutera beaucoup que s’il est bon — sinon il ajoute peu ; le doctorat ajoute peu aussi, « la plupart des gens qui font un doctorat, c’est pour le plaisir, parce qu’ils aiment la science, pas pour un salaire ».)
- Règle de décision : tant que le bénéfice marginal > coût marginal, il vaut la peine de continuer ; on s’arrête quand bénéfice marginal = coût marginal (en deçà, une année supplémentaire coûte moins en plus qu’elle ne rapporte → elle vaut la peine ; au-delà, ça coûte plus que ça ne rapporte → on gaspille les ressources). Avec les chiffres du cours : 5 années d’études (le bénéfice marginal « en vert » = le coût marginal « en rouge », à 50 000).
- Le coût d’opportunité est ici affiné, calculé année par année sous forme de coût d’opportunité marginal : qu’est-ce que ça coûte en plus, qu’est-ce que ça rapporte en plus.
- Analogies visibles pour les anciens éco : la courbe de bénéfice ressemble à une demande d’études, la courbe de coût à une offre d’études ; l’équilibre = bénéfice = coût, c’est-à-dire « quand ce qu’il faut payer (le coût) est égal à ce qu’on est prêt à payer (le bénéfice) ». De plus, outre la pente (l’économie coûte de plus en plus cher et rapporte de moins en moins), il y a la position des courbes.
- Position des courbes : pour Henin c’est la courbe de coût qui est décalée très haut (coût d’une carrière « en or olympique » — « un peu cher pour venir étudier ») → beaucoup moins d’années, presque pas ; pour Curie c’est la courbe de bénéfice qui est très haute → beaucoup d’années.
15. Le problème de décision : objectif, contrainte, instruments — [1:45:58]
- Un problème de décision simple = objectif + contrainte + instrument ; « n’oubliez jamais ces trois termes qui vont ensemble ».
- Objectif : ce que je veux / mes bénéfices importants.
- Contraintes : les coûts de renonciation, les possibilités auxquelles je fais face.
- Variables de décision : ce que je peux choisir (p. ex. le nombre d’années d’études).
- L’économie des réponses : les fameuses questions quoi, pour qui, par qui ; comment, pourquoi (le pourquoi = les objectifs, le comment = dans quel environnement / les instruments, la collaboration = « les choses ne se font pas toutes seules »).
- La semaine prochaine : on entre dans les décisions (choix, interactions) — [1:46:20].
Points clés — [résumé]
- Points bonus UCM/exercices : on peut finir à 20/20 ; tenir un 12/14.
- Justice distributive : complète l’efficacité (Pareto, compensation). Quatre critères : traitement égal des égaux, responsabilité, amélioration du sort du plus mal loti, égalité des résultats.
- Situations, pas individus : on compense un état non choisi (santé, intolérance, taille) ; la responsabilité fonde l’égalité des chances (enseignement : accès selon les aptitudes, pas les moyens). Au restaurant : « à parts égales » se justifie soit par la facilité (« le mieux est l’ennemi du bien » ; loi égale pour tous, 1789/1830), soit par la solidarité (impôt progressif, tranches jusqu’à 50 %).
- Le problème d’information : la solidarité repose sur la révélation des vrais besoins/capacités ; les abus la mettent en danger, mais le fondement reste (différences pertinentes à compenser). « Chacun selon ses capacités, selon ses besoins » = idéal communiste jamais réalisé → besoin d’incitants ou de reconnaissance (médailles, Stakhanov).
- Participation France/Allemagne : identifier le « juste » : ne pas travailler avec une bonne raison (idée française) vs chacun participe à la vie de la société (Allemagne/Pays-Bas, avec compensations, ex. chômage à temps partiel belge).
- Inégalité : courbe de Lorenz (population vs revenu cumulés) ; Gini = écart entre la diagonale (égalité) et la réalité. Belgique parmi les plus bas après redistribution (impôts + allocations). Pauvreté ≈ < 50-60 % du revenu médian. Pays héritiers du communisme encore égalitaires ; Suède moins qu’avant ; Royaume-Uni très inégalitaire.
- Équité ≠ efficacité : la caserne de pompiers « à égale distance » vs « la plus proche de tous » (l’égalité stricte peut pousser à une solution inefficace) … et parfois l’égalité vaut mieux ; la concentration des services (capitale) peut devenir inefficace à long terme (« Paris et le désert français »). « Chapeau aux politiciens » (décider sans toute l’information, se corriger, intérêt général, ne pas chercher son intérêt personnel) ; au final, il faut mettre les critères en balance pour une décision « la plus juste possible » pour aujourd’hui et demain.
- Autres indicateurs : IDH (vision « capacitaire » d’Amartya Sen : espérance de vie, scolarité) ; diagramme radar (Pareto multi-objectifs) ; économie du donut (medèn àgan = rien de trop ; kalos kagathos = beau et bon) ; 17 ODD de l’ONU. En business = KPI.
- Fiscalité : l’impôt doit se juger recettes et dépenses ; la TVA suit vite l’activité (Belgique 21 %, pain 6 %, pays nordiques 22-23 %+) ; impôt sur le capital moins adapté aux petits pays ouverts (ex. Pologne des années 90, la consommation et non la production devient la base). Non-indexation du minerval (803 €) = bombe à retardement.
- Coût d’opportunité = valeur du meilleur autre usage d’une ressource (surtout le temps). Les vêtements n’en font pas partie (sauf uniforme).
- Études : coût d’opportunité (temps + argent de quelqu’un d’autre = préfinancement) vs bénéfices individuels et collectifs (l’État investit car bénéfices > individu). Coût réel ≈ 5 000 €/an (~1 200 € étudiant + ~4 800 € État ; médecine ~810 000 € ; ailleurs 30-50 000 $). Marie Curie vs Justine Henin : le coût dépend de la personne.
- Coût marginal / bénéfice marginal : le coût de la décision se calcule à la marge ; on continue tant que BM > CM, on s’arrête quand BM = CM (~5 ans d’études dans l’exemple).
- Problème de décision : objectif + contraintes + variables de décision ; les décisions se prennent à 3 niveaux (individuel, paramétrique, stratégique).