Économie — Cours 4 : gains de l’échange, avantage comparé, économies d’échelle et équilibres (interactions stratégiques)

🔊 Écouter la source audio

Plan du chapitre (CH2 « Choisir et interagir ») : 1. Choix individuel · 2. Gains de l’échange et de la production (spécialisation) · 3. Interactions stratégiques. La séance couvre les points 1 et 2 (première partie, ~1 h 13) et ouvre le point 3 (derniers ~13 min). Diapos : CH2 - Choisir et interagir - Sections 1 et 2.pdf et CH2 - Choisir et interagir - Sections 3.pdf.


1. Accueil, consignes du jour et auto-évaluation des notes — [00:00]

  • Consigne centrale de la séance : « Venez à la séance avec votre prise de note, sinon ça ne sert à rien de vous » — parce qu’on va l’auto-évaluer et apprendre à articuler la prise de notes avec le livre, les slides et l’OTP, c’est-à-dire comprendre l’apport spécifique de chacun des supports, pour construire un support d’études cohérent pour l’examen.
  • Organisation horaire (les horaires affichés ont été refaits « au mieux ») : les ingénieurs ont cours aujourd’hui 16-18 h ; les commerçants et ECGE, jeudi 16-18 h ; les pôles (sciences politiques), vendredi 10-12 h. ⚠️ la fin de la phrase sur les heures précises est inaudible.
  • Inscription par filière via un QR code (ou le lien raccourci affiché si on est sur PC) : c’est pour que le prof puisse réserver les auditoires idéaux en fonction du nombre d’inscrits — « si vous êtes 10, on ne se trouve pas dans l’Adam Smith ou dans le Vauban, comme ça j’adapterai » (salles de l’UNamur).
  • Le WebCampus sera mis en ligne « ce soir », mais ce n’est pas encore l’équipement normal.
  • La séance sert à discuter de ses notes avec Gaby et à les intégrer avec les trois principaux outils du cours : ⚠️ le premier est transcrit « le P1 » — probablement le plan/syllabus —, le livre et les exercices.
  • Les premiers exercices ont été publiés ce week-end : il vérifie que tout le monde a répondu au QCM (« C’est bon pour tout le monde ? Est-ce qu’il y en a qui ont besoin d’un peu de temps ? »). Si la dernière publication a été tardive, « moi je prends note aussi, je serai là devant » → on peut venir le voir à la pause.
  • Bruit de salle en fin de section ⚠️ [02:45–03:05, hors micro] : « Et à la pause, nous aurons encore une autre communication à propos du tutorat… », puis une conversation sur un projet (« Les télécoms, les poules, les ingrédients — mais pas les sciences, Mathieu », « Ils pensent qu’on les a oubliés »).
  • Une autre communication sur le tutorat sera faite à la pause (voir section 17).

2. Rappel du cours précédent : le choix individuel et le coût d’opportunité — [03:21]

Rappel du mécanisme vu la semaine dernière, qui sert de point de départ.

  • Rappel de l’économie : elle traite le « ressort [serré] » — autrement dit de la contrainte : « l’économie traite le ressort [serré] et donc nous impose de faire des choix » ⚠️ le mot est mal transcrit ; l’idée est celle d’un ressort serré qui oblige à arbitrer. Le premier choix est un choix individuel, illustré par le coût d’opportunité.
  • Définition (rappelée) : le coût d’opportunité dit qu’on ne peut pas tout faire à la fois. Si on consacre son temps à des études supérieures, on ne le consacre pas à gagner un revenu ou à prendre du loisir (« c’est le prix du temps »). Si on consacre de l’argent aux études, on ne le consacre pas à d’autres plaisirs. Et si on consacre de l’argent qui n’est pas à soi (à quelqu’un d’autre), ça a un coût aussi : c’est le coût de renonciation pour autrui — ⚠️ le prof dit « c’est le coût de ce que j’ai d’autre » ; l’idée est : l’argent appartient à quelqu’un d’autre qui aurait pu en tirer un intérêt, alors que le bénéfice de vos études n’arrivera que dans quelques années.
  • La variable de décision est le nombre d’années d’études : 3, 4, 5… ou plus longtemps pour un doctorat. Plus d’années → un bénéfice plus ou moins grand, année par année (pas seulement au total), et un coût plus ou moins grand, année par année.
  • D’où les deux notions marginales :
    • le coût marginal = coût supplémentaire d’une année d’études supplémentaire ;
    • le bénéfice marginal = bénéfice supplémentaire d’une année d’études supplémentaire.
  • La règle d’arrêt : « on est arrivé à la conclusion que, dans le bénéfice marginal égal au coût marginal, on a atteint le nombre d’années optimal » :
  • Est-ce la même chose pour tout le monde ? Non : comparaison de Marie Curie et Justine Henin.
    • Marie Curie : la courbe de bénéfices est particulièrement haute — les études supérieures allaient peut-être lui permettre des revenus extraordinaires, mais surtout deux prix Nobel. « Donc, ça valait franchement la paix » : le bénéfice marginal d’un doctorat (à Paris, plutôt qu’à Cologne) était colossal → elle a fait beaucoup d’années.
    • Justine Henin : le coût d’opportunité de quelques années d’études, et même d’une seule première année, était énorme. Pour obtenir l’ordre olympique à 22 ans (gagner ce « bronze d’or » ⚠️ mot indistinct), il faut être au meilleur, et c’est exactement au même moment que l’âge des études. Le coût d’opportunité de sa situation est trop élevé par rapport aux bénéfices → « elle a fait le bon choix à ce moment-là et elle a complété sa formation plus tard ».
  • Ce qui varie, ce n’est donc pas la règle, c’est les courbes : la règle est universelle ; ce sont les niveaux qui diffèrent. ⚠️ Le prof insiste : « le coût dépend de la personne » — Marie Curie / Justine Henin étaient déjà l’exemple du cours 3, il y renvoie explicitement.

3. Vers le choix avec interaction : les échanges à paramètres donnés — [07:05]

  • On passe du choix individuel à un choix avec un peu d’interaction, mais une interaction très simple : il y a des échanges, mais sans beaucoup de stratégie ni de négociation (« on y viendra après, ce sera le point 3 »).
  • Hypothèse clé du point 2 du chapitre : les échanges reposent sur des paramètres fixes, les mêmes pour tout le monde, et que tout le monde connaît parfaitement. C’est ce que le cours va montrer dans un instant.
  • Organisation annoncée : on illustre avec un exemple et une question, et on divise en deux :
    1. des gains à rendement constant (un certain type de paramètres) ;
    2. des gains avec des économies d’échelle.
  • Ce qui est intéressant dans le premier exemple : « on n’a même pas besoin de l’économie d’échelle, on n’a même pas besoin de faire les choses en grand, autrement dit, pour avoir parfois intérêt à se spécialiser ». Le second exemple est « assez évident, mais […] quand il y a des économies d’échelle, il y a aussi une raison de se spécialiser ».

4. Le commerce : exploitation de l’homme par l’homme, ou amélioration pour tous ? — [09:22]

4.1 La question, et sa réponse de toujours : « ça dépend »

  • Question à laquelle il faut s’arrêter un instant, « parce que je pense que c’est ce que vous allez encore entendre souvent dans la presse et surtout dans les manifs et autres groupes de pression » (il cite Mélenchon, « et accessoirement Marine Le Pen, mais les extrêmes se rejoignent toujours ») :

    Le commerce est-il l’exploitation de l’homme par l’homme, un jeu à somme nulle où il y a des gagnants et des perdants — ou est-ce une possibilité pour tous de vivre mieux ?

  • Réponse en économie : « ça dépend » — « et le ça dépend, c’est quelque chose de très important pour vous comme économistes ».

    • Oui, il y a du commerce d’exploitation. Mais « en général, ce commerce-là ne s’appuie pas que sur le commerce » : il s’appuie sur la puissance militaire ou autre, ou sur « la possession d’une ressource exceptionnelle que personne d’autre n’a et qui est suffisamment importante pour faire pression sur toutes les autres ressources ». Mais c’est exceptionnel.
    • Dans la plupart des cas — et c’est ce que nous allons montrer — le commerce est un moyen pour tous de vivre mieux.

4.2 « Ça dépend », anecdote et leçon de méthode : le conseiller économique manchot

  • Pourquoi les présidents ont toujours des conseillers économiques : « figurez-vous que les présidents des États-Unis, même quand ils sont un peu moins fantastiques que les États-Unis, ils ont toujours des conseillers économiques. Quand ils sont un peu moins fantastiques que les États-Unis, ils les écoutent. Ça les embête ».
  • L’histoire célèbre : un président des États-Unis, après avoir entendu son conseiller économique, a dit « donnez-moi un conseiller économique manchot » — c’est-à-dire sans bras.
    • Pourquoi ? Parce qu’en anglais « ça dépend » se dit « on the one hand, on the other hand ». Le conseiller passait son temps à expliquer : « si vous tenez compte de ceci, il y aura tel effet ; si vous tenez compte d’autre chose, il y aura tel autre effet ». Le président s’est exaspéré, parce que lui il a vraiment des décisions à prendre, « il faut que ça avance » : « donnez-moi un conseiller économique qui cesse de me dire on the one hand, on the other hand ».
  • La leçon pour un économiste : « soyez attentifs à on the one hand, on the other hand, aux arguments de la gauche et de la droite — pas de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite, parce qu’ils sont les mêmes — mais aux arguments de “on one hand and the other hand” ». ⚠️ C’est la morale : le débat sur le commerce se formule presque toujours en « d’un côté… de l’autre côté ».

4.3 Se spécialiser plutôt que de tout savoir faire

  • Autre aspect : « renoncer à l’activité peut sembler difficile ». Tout le monde a envie d’être un Léonard de Vinci et d’être capable de tout faire.
  • La réalité : « il vaut parfois mieux un peu se spécialiser pour faire quelque chose de mieux — pour faire la chose pour laquelle on est le plus doué » (« je reviendrai à d’autres illustrations dans la fin »).

5. Exemple 1 : le mécanicien et le jobiste — [12:46]

Le prof demande explicitement de traiter cet exemple en notant les paramètres de l’affaire et de le réécrire à la main sur sa feuille (« quelle que soit la manière dont vous l’écrivez, vous aurez besoin de ce machin »).

5.1 Les données du problème

  • Deux personnes : l’une est mécanicien, l’autre est le jobiste (l’« étudiant qui fait des sandwichs »), ⚠️ le mot est dégradé par la transcription (« jobiste / jobbiste / biébiste »).
  • Les « inputs » des deux agents, c’est du temps de travail — « ils peuvent passer leur temps, et donc c’est un coût, ils ont besoin de temps de travail ».
  • Mécanicien (dans un atelier vélo) :
    • préparer les repas : 1 heure par repas ;
    • entretenir un vélo : 1 heure par vélo.
  • Jobiste (dans une sandwicherie) :
    • livrer les sandwichs/repas : 1/4 d’heure (15 min) par repas → 4 repas par heure ;
    • réparation de vélo : 2 heures ⚠️ la phrase est coupée mais c’est bien 2 h, confirmé ensuite par le calcul « deux heures, donc 8 repas ».
  • Nature de l’information : ces données sont individuelles et tout à fait connues de chacun — et peut-être aussi de l’autre (« ça on va voir dans un instant ») — « chacun sait exactement combien de temps il lui faut au mécanicien pour préparer un repas et au jobiste pour préparer son vélo ».

5.2 L’archéologie du commerce : l’échange avant l’écriture — [16:02]

Digression du prof pour montrer que l’échange est la plus vieille activité économique du monde :

  • « L’échange existe avant l’industrie, avant la production, avant l’agriculture ».
  • Traces en Europe, avant l’écriture : des marchandises qui venaient forcément d’une autre partie de l’Europe (« c’est impossible d’avoir eu certaines roches ou certains restes, même de biens agricoles, en Belgique s’ils n’étaient pas venus du bassin méditerranéen — or on les trouve dans des fouilles archéologiques en Belgique »).
  • Et inversement : « du bois du Nord, aussi bien — vous vous souvenez de la guerre de Troie ? On n’était pas allé chercher du bois en Ukraine, mais en Russie, pour les Grecs, pour les bateaux. On trouve du bois du Nord dans les pays du sud, avant qu’on sache écrire ». Donc le commerce est très vieux.
  • L’Afrique : « qui n’écrit que depuis 150 ans, eh bien, l’Afrique commerce depuis des milliers d’années » — « puisque vous savez que le premier homme est apparu en Afrique ».
  • Pourquoi n’y a-t-il pas besoin d’écrire ? « Ça, on va voir beaucoup plus tard » — mais la réponse est donnée : on écrit quand on doit faire des contrats.
    • Les premiers écrits du monde (Chine, Moyen-Orient) concernent des contrats : de vente, d’achat, et surtout de propriété.
    • Pourquoi de propriété ? « Parce que c’est indispensable pour investir, donc pour produire, donc pour l’industrie ou l’artisanat ».
    • Tant que ce n’est pas nécessaire — « parce que tout est disponible par le commerce » — « on n’a pas besoin de produire, on n’a pas besoin d’écrire ».
  • Portée : « le commerce est inscrit en histoire de l’humanité ».

5.3 Poser la question : le prix, et la « marge de gain d’échange »

  • L’exemple est « tout à fait arbitraire et j’espère pas absurde, enfin très arbitraire », mais il illustre un phénomène tout à fait fondamental : les échanges.
  • Précision : ici ce sont des échanges avec production mais sans investissement, « puisque c’est simplement basé sur le savoir-faire de chaque individu ».
  • Qui va vendre quoi à qui ? L’idée, pourquoi est-ce profitable ? → « une manière de voir que c’est profitable, c’est la question du prix ».
  • Les trois questions à poser pour répondre à « qui va faire quoi, et qu’est-ce qu’on gagne au commerce » :
    1. Quel est le nombre maximum de repas que le mécanicien peut demander au jobiste en échange d’une réparation ?
    2. Quel est le nombre minimum de repas que le jobiste peut proposer au mécanicien pour la réparation (« c’est plus simple pour les gens ordinaires ») ?
    3. Quelle est la marge de gain d’échange ?
  • Il faut donc savoir à quel prix on échange, et si ce prix est avantageux.

5.4 Les deux coûts d’opportunité — [20:45]

  • Mécanicien : que lui coûte un repas ? Il lui faut une heure pour le faire. « Et qu’est-ce qu’il veut faire d’autre de son heure ? Une réparation. » Donc un repas lui coûte une réparation : c’est le coût d’opportunité (« c’est simplement une application de ce qu’on a vu la semaine dernière »). Plein d’humour : « Ça va, hein ? C’est pas Rocket Science, le cours d’économie de premier bac. »
  • Jobiste : que lui coûte une réparation ? Il lui faut deux heures pour la faire. Avec deux heures, combien de repas ? 1/4 d’heure par repas → en une heure il en fait 4, en deux heures 8 :

(Il vérifie dans la salle : « Vous voyez ? C’est d’ailleurs dans la deuxième colonne, là-bas ».)

  • Il fait noter la méthode : « notez l’heure et notez comment vous l’avez calculé. Le coût d’opportunité, c’est le temps pour la production ».

Tableau de l’exemple (à recopier) — production en 8 heures de travail 📄 diapo 41 :

Vélos (h)Vélos produitsRepas (h)Repas produits
Mécanicien44 ()44 ()
Jobiste42 ()416 ()
TOTAL (autarcie)86820
Mécanicien (spécialisé)88––
Jobiste (spécialisé)––832
TOTAL (spécialisation + échange)88832

Exercice annoncé dans les slides (et non développé dans cet audio) : « fixer un nombre d’heures de travail à chaque agent et montrer que la spécialisation totale de chaque agent produit davantage des deux biens que toute dispersion de chacun entre les deux activités. »


6. Exercice interactif : la salle coupée en deux, on négocie — [23:33]

  • Le prof coupe la salle en deux, au milieu : « vous êtes jobiste dans une sandwicherie, vous êtes mécanicien dans un atelier vélo ».
  • Les questions lancées dans la salle :
    • Aux jobistes : « vous voulez combien pour votre sandwich ? Vous êtes prêts à payer combien pour une réparation ? » → on compte à voix haute : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 ;
    • Aux mécaniciens : « si vous le faites vous-même, elle vous coûte combien de sandwichs ? » (« comme mécanicien, vous faites vous-même la réparation ») → 1 (son coût d’opportunité = 1 heure de travail = 1 sandwich).

6.1 Combien le jobiste est-il prêt à payer une réparation ?

  • Le jobiste : sa réparation lui coûte 8 repas. « Est-ce que vous êtes prêts à payer 8 repas ? » → oui. Mais ⚠️ « juste pas, c’est le maximum » : à 8 repas il est indifférent (il paie exactement son coût d’opportunité).
  • « Mais vous êtes prêts à payer 7 repas aux mécaniciens ? D’accord ? Vous êtes prêts à lui en payer 7 plutôt que d’en perdre bêtement ? » → oui.
  • → Le jobiste accepte donc de payer 7 repas et même 8 (mais à 8 il est indifférent) : son borne supérieure est donc de 8 repas.

6.2 Combien le mécanicien accepte-t-il ?

  • Le prof joue le rôle du mécanicien : « Alors, moi [le mécanicien], s’il est d’accord : quand vous en payez 7 [repas]… », puis il vérifie la réponse du jobiste : « Et vous, vous êtes d’accord pour 7 repas pour faire la réparation ? » → oui : « c’est beaucoup mieux qu’un repas, qui est votre coût d’opportunité — parce que vous aurez apporté une heure de travail si vous aviez fait le repas vous-même ».
  • « Et 4, vous acceptez aussi ? » → oui : « c’est moins bien accepté, mais c’est quand même encore bien payé par rapport à 1 ».
  • Jusqu’où peut-on descendre ? Le prof localise la borne : « Quatre ? Vous êtes généreuse ? Deux ? Un virgule zéro zéro zéro… et tant mieux, non ? » « Bon, après, il y a les coûts de transport, etc. »
  • Les bornes sont données par les coûts d’opportunité : « en repas, les bornes de négociation, c’est un repas [borne du mécanicien] … huit repas [borne du jobiste] » — « Bon, d’accord, ce sont des extrêmes, là : c’est indifférent ».

6.3 Les deux gagnants et le gain d’échange

  • « Grâce au commerce, chacun peut espérer mieux qu’en le faisant lui-même » :
    • le mécanicien peut recevoir plus de repas par heure de travail du jobiste qu’en les faisant lui-même ;
    • le jobiste peut dépenser moins cher pour sa réparation qu’en se privant lui-même.
  • Les deux peuvent gagner pourvu que le prix se trouve entre les bornes données par le coût d’opportunité, c’est-à-dire par la possibilité de faire soi-même :
  • Le gain d’échange (le maximum partageable) = la différence entre les deux coûts d’opportunité :
  • Pourquoi le mesurer en repas plutôt qu’en euros ? « Mesurons-le dans quelque chose de vraiment concret qui change la vie des gens, qu’ils peuvent voir, sentir — pour lesquels ils n’ont pas besoin de monnaie, ils n’ont pas besoin d’écriture, ils n’ont pas besoin d’autre chose que de dire : voilà, tu me donnes ça, je te donne ça, et nous sommes tous les deux gagnants » (⚠️ c’est le sens de l’économie sans monnaie ni écriture).
  • La répartition dépend de qui négocie le mieux : « il y a des gens qui sont peut-être meilleurs négociateurs que d’autres, et qui vont obtenir plus ou moins » (rappel de la blague du perroquet et de l’offre et la demande, « on n’y reviendra, c’est pour la semaine prochaine »).

7. Le prix selon l’offre et la demande, et pourquoi certains négocient mal — [29:44]

7.1 Offre et demande : le prix se déplace

  • « Il va y avoir l’offre et la demande » (détaillé plus tard, « pour la semaine prochaine »), et le prix dépend de la situation :
    • si on a besoin de beaucoup de repas et peu de réparations, il est très possible que le prix des réparations soit peu élevé et le prix des repas élevé ;
    • si on a besoin de beaucoup de réparations et peu de repas, il est très possible que pour obtenir vite sa réparation, on paye un peu plus cher chez le réparateur.
  • Deux illustrations concrètes : « des gens qui voulaient dépasser la file et qui étaient prêts à payer plus cher » ; « des gens sur des marchés où les prix ne sont pas affichés, qui négocient ».
  • Et il y a une marge de négociation, et un gain d’échange à partager (comme on vient de le voir).

7.2 Position de négociation : le conseil pratique

  • « Est-ce qu’il y a des gens qui sont parfois un peu trop pauvres ? » → oui : « il y a des gens qui n’ont pas grand-chose dans leur coût d’opportunité. C’est pas très favorable, leur position de négociation ».
  • Le cas des jobs précaires : « ça peut arriver que le jobiste, plutôt que le mécanicien, doive payer […] il ne va pas, pour avoir sa réparation […]. Il en aime beaucoup, parce que le mécanicien doit faire un petit […], mais ça arrive » ⚠️ phrase en partie inaudible.
  • L’implication pratique (à retenir) : « il faut savoir exactement ce que chaque chose vous coûte, pour ne pas payer plus que ce que ça vous coûte ». « Ça peut être très précis, comme c’est le cas ici » — le jobiste sait qu’il lui faut 4 repas par heure, donc il sait que sa réparation vaut 8 repas, et « il ne va pas payer plus que ce que ça lui coûte ».
  • Vérification par le contre-exemple : si le jobiste était capable de faire sa réparation en 1 heure au lieu de 2, sa borne deviendrait 4 : « si on lui demande plus que 4 repas pour sa réparation, il dit non, sorry, moi ça me coûte 4 repas ». Le paramètre technique est le coût d’opportunité, et il est parfaitement connu : il n’y a pas besoin de savoir ce que l’autre a dans sa tête.
  • La position de négociation faible : « les gens qui produisent très peu […] vont se trouver dans une position de négociation un peu difficile, parce qu’ils ne pourront pas obtenir les très bons prix, parce qu’ils ne pourront pas dire : stop, là je ne négocie plus, je vais aller à moi-même, je me retire, je vais me débrouiller autrement ».

7.3 La bonne nouvelle : personne n’est trop pauvre pour commercer

  • « Mais par contre, la bonne nouvelle, c’est que personne n’est trop pauvre pour participer au commerce. Tout le monde peut participer au commerce, même ceux qui n’ont presque rien. Ils peuvent y gagner un petit peu — enfin, assez pour vivre, d’accord ? Mais un petit peu quand même ».
  • Le cas limite : le handicap (illustré par la Belgique) :
    • les ateliers protégés où ces personnes travaillent ;
    • les grandes entreprises, « plus ou moins obligées d’aider aussi financièrement d’engager des personnes avec un handicap, et qui reçoivent une compensation pour ça » ;
    • ⚠️ une caissière quasi aveugle « qui avait quand même un job » et dont l’emploi était subventionné — nom indistinct dans l’audio.
  • Conclusion : « ça veut dire que personne n’est trop pauvre pour participer, ou trop incapable, pour participer à l’activité économique. Seulement, certains sont dans une situation où leur production est tellement faible que leur rémunération serait trop faible si on les rémunérait vraiment à ce qu’ils produisent. Donc, la solidarité entre nous complète ».

7.4 Aucun pays n’est « incapable de commercer » — [35:04]

  • « Aucun pays en développement, ou autre, ne peut dire : “je suis incapable de commercer, je suis incapable de participer à l’économie mondiale”. Non ? C’est faux. Tous les pays peuvent produire quelque chose, peuvent vendre quelque chose — ils le font d’ailleurs depuis toujours. Mais pour certains pays, ça n’amène pas à un niveau de vie extraordinaire. Ça, on est bien d’accord. Là, il y a donc des raisons de se demander comment améliorer les choses ».
  • Améliorer les choses, ce n’est pas juste transférer de l’argent (« ça, c’est très bien »). Améliorer les choses, c’est entre autres la position de négociation : « être capable de produire plus, ou être capable de produire autre chose, quelque chose qui donne une meilleure position de négociation. Parce qu’on a vraiment quelque chose qui est demandé dans le monde ».
  • Exemple 1 — le cobalt de la RDC : « quand M. Tshisekedi ne sait pas ce qu’il peut faire avec son cobalt, il accepte de le rendre aux Chinois pour un prix complètement ridicule, jusqu’au moment où les Belges lui disent : “M. Tshisekedi, vous êtes sûr, ce contrat est complètement déséquilibré, renégociez !” » ⚠️ le nom est mal transcrit dans l’audio, mais le prof dit bien « M. Tshisekedi » (RDC). La phrase suivante est très dégradée par l’enregistrement : « il a été renégocié… [il n’y a pas eu de] profit de la Belgique. Non, il a été renégocié [dans le] conflit du Congo vis-à-vis de la Chine » ⚠️ formulation exacte indistincte.
    • La leçon de négociation : « dites-leur bien aux Chinois que, si eux ne payent pas le cobalt, les Américains et les Européens sont prêts à le payer aussi — tout le monde joue. Et que si votre pays était un peu mieux organisé, vous pourriez même l’utiliser vous-même ».
  • Exemple 2 — la Côte d’Ivoire et le Cameroun : une connaissance du prof qui travaille en Côte d’Ivoire rapporte des noix de cajou et des tablettes de chocolat qu’on voit « dans les magasins gourmets les plus chiques de Bruxelles ou de Paris »… mais au Cameroun, impossible — « alors qu’on produit exactement les mêmes noix de cajou et le même cacao, il n’y a personne — et d’abord le gouvernement — qui s’arrange pour que ça se vende dans de bonnes conditions. Or, c’est possible ! »
    • Comparaison contrôlée : « je ne compare pas avec un pays d’Amérique latine, ni avec un pays d’Asie : je compare avec un pays d’Afrique qui a en plus eu la même histoire coloniale, puisque c’est [aussi] colony français dans les deux pays ».
    • Le chiffre : « il y a un pays dont le revenu par habitant est deux fois plus gros — ce qu’on appelle les statistiques de l’ONU » ⚠️ le nom du pays et le chiffre exact ne sont pas nets dans l’audio.
  • Conclusion : « deux choses : la négociation, mais aussi la capacité de produire. Et finalement, d’abord, la capacité de produire, puisque c’est celle-là qui va fixer les bornes, les coûts d’opportunité, à l’intérieur desquelles on négocie le commerce ».

8. La démarche du chapitre : ce que je sais, ce que je cherche, ce que j’utilise, ce que je trouve — [39:09]

Le prof montre un slide « qui peut vous être très utile pour l’OTP, entre autres, mais en général pour répondre à ma question ici sur les biens d’échange et sur le commerce. Notez bien ce qu’il y a en bleu ». « Peut-être que votre prof de maths ou votre prof de physique vous a déjà utilisé ça à l’école secondaire, et tant mieux. Sinon, il est grand temps de le noter. »

📄 Diapo « Calcul du gain de l’échange — Démarche » :

ÉtapeContenu
Ce que je saisle temps de travail de chaque personne pour chaque activité
Ce que je chercheles taux d’échange possibles entre ces personnes, et la marge de gain entre ces taux
Ce que j’utilisele coût d’opportunité / de renonciation, comme mesure de la disposition à payer une activité par l’autre chez chacun
Ce que je trouveMécanicien : 1 repas par réparation ; Étudiant (jobiste) : 8 repas par réparation ; marge de négociation / gain pour un commerçant : 7 repas
  • Précision orale : « ce n’est pas le coût d’opportunité, [c’est] je cherche un échange qui est plus profitable que de produire moi-même. Ce que j’utilise, c’est le coût d’opportunité : je compare ce que ça me coûte de renoncer à quelque chose, par rapport à ce que ça me coûte de l’acheter ».
  • « Donc, l’offre et la demande pour les réparations : l’offre, c’est “je veux au moins un repas par réparation” ; la demande, c’est “je suis prêt à payer jusqu’à, pardon, maximum, huit repas par réparation”. Et donc, la marge de négociation, c’est cette part : c’est là-dedans qu’ils vont se partager les gains d’échange ».

9. La spécialisation et le gain d’échange : définitions et mesure — [40:47]

  • Puisqu’il y a intérêt à échanger, il y a spécialisation : le jobiste a intérêt à faire le plus possible de repas, le mécanicien le plus possible de réparations ; « avec ses réparations, il achète / ne fait plus lui-même [les repas]. Et le jobiste, avec ses [repas], ne fait pas les réparations lui-même. Donc il y a spécialisation ».

9.1 Définition et mesure du gain d’échange 📄 diapo 39

Définition — Gain de l’échange : amélioration de la satisfaction (et des possibilités de consommation) d’un agent par rapport à sa dotation initiale, par l’échange direct (ou indirect, via le travail de production) de biens.

Propriété — Mesure : le gain global de l’échange peut être mesuré par la différence entre la « disposition à payer » d’un agent (prix proposé) et l’exigence d’être payé ou « disposition à accepter » de l’autre agent (prix requis). Le gain individuel de l’échange peut être mesuré par la différence entre le prix effectivement payé (ou reçu) et le coût d’opportunité d’un agent (ou son exigence d’être payé).

Ici : gain global repas. Si le prix retenu est de 4 repas : le jobiste (celui qui paie) gagne repas, le mécanicien (celui qui reçoit) gagne repas → gain total , égal au gain global. ⚠️ piège fréquent : c’est le payeur qui économise et le vendeur qui encaisse le surplus — ne pas inverser les deux acteurs.

  • Exercice à faire : « Fixer un nombre d’heures de travail à chaque agent et montrer que la spécialisation totale de chaque agent produit davantage des deux biens que toute dispersion de chacun entre les deux activités » (voir le tableau en section 5.4).
  • Vidéo recommandée 📄 lien sur la diapo 39 : pommes et oranges — Banque centrale du Canada — « la petite vidéo des pommes et des oranges. C’est très amusant, et en plus savoureux parce qu’elle est faite par la banque centrale du Canada, qui a fait parler les Québécois avec un accent comme on n’en fait plus, même pas en flamand wallon — pour le néerlandais, donc c’est délicieux » ⚠️ la fin de la phrase est inaudible, la comparaison des langues est approximative. « Allez-y, écoutez cette vidéo, et il y aura une question à la fin et vous en faites ».

9.2 L’esquisse : « produire davantage de ce que nous faisons le mieux, pour acheter davantage de ce que nous faisons le moins bien »

📄 diapo 40 : « *La comparaison des coûts d’opportunité nous dit de produire davantage de ce que nous faisons le mieux, pour acheter davantage de ce que nous faisons le moins bien » → Mécanicien : Réparations ; Jobiste : Sandwiches.


10. L’avantage comparé (ou relatif) — [42:18]

  • « Cette spécialisation, elle semble évidente dans le cadre que nous venons de voir, et elle porte un nom : c’est-à-dire que ce que chacun va faire dans cette affaire, c’est exploiter son avantage relatif ou son avantage comparé ».

10.1 Définition de l’avantage comparé et application à l’exemple

  • Définition : « *L’avantage comparé, c’est quand un producteur, pour produire un bien, doit renoncer à moins que l’autre ».

(autrement dit : son coût d’opportunité en travail pour ce bien est plus faible ; chaque producteur a alors un avantage comparé sur un bien, et l’autre bien lui est fourni par l’échange)

  • Le mécanicien a un avantage comparé dans les réparations : « parce qu’il doit renoncer à un repas au lieu de huit pour faire une réparation. Donc il a un coût d’opportunité plus faible que le jobiste ».
  • Le jobiste a-t-il aussi un avantage comparé ? Oui, dans les repas. Il faut comparer les deux coûts d’opportunité :
    Coût d’un repasCoût d’une réparation
    Mécanicien1 réparation1 repas
    Jobiste de réparation (15 min sur 2 h)8 repas
  • « Pour faire un repas, le mécanicien renonce à une réparation ; le jobiste, pour faire un repas, renonce à 1/8 de réparation. 1/8, c’est moins que 1 ». Donc le jobiste a l’avantage comparé dans les repas : « un huitième de réparation, donc pas grand-chose ».
  • « *Tandis que le mécanicien, quand il fait un repas, il renonce à une réparation : ça coûte très cher de faire un repas ».

10.2 L’avantage absolu, et pourquoi c’est le comparé qui compte

  • Définition : « *L’avantage absolu, c’est quand on est meilleur que l’autre » — ⚠️ le mot exact est indistinct dans l’audio (« une autre façon de définir un … »), la définition est celle du slide : être meilleur dans chaque produit pris individuellement.
  • Ici chacun a un avantage absolu dans quelque chose :
    • le jobiste est clairement meilleur dans les repas (4 repas/heure, 1/4 h par repas) ;
    • le mécanicien est bon dans les entretiens (1 heure au lieu de 2).
  • Mais ce qui est important, c’est l’avantage comparé, et pas l’avantage absolu (« on va l’insister avec ceci »).

11. Deuxième exemple : David Ricardo, l’Angleterre et le Portugal — [46:02]

  • « Le cas est beaucoup plus général qu’on pourrait peut-être le penser. Et c’est l’exemple historique de Ricardo ».

  • Qui est Ricardo ? Un économiste anglais (📄 diapo 40 : David Ricardo, 1772-1823) de la fin du 18ᵉ et du début du 19ᵉ siècle ⚠️ dans l’audio, le mot « économiste » est dégradé (« historiiste / historiste anglais ») — « donc c’est le début de la révolution industrielle ». « Vous en entendrez parler au second semestre » (⚠️ le nom du cours est indistinct).

  • 📄 diapo 40 : « Économiste : théorie de l’avantage relatif ; financier et membre du Parlement britannique : avocat de l’abolition des « Corn Laws » ».

  • « Ricardo s’intéresse à la production de laine, en particulier de toiles, de textiles — qu’on va mesurer en mètres — et à la production de vin, qu’on va mesurer en litres ».

  • C’était un malin : « Ricardo était membre du Parlement aussi, il n’était pas qu’un économiste, il était membre du Parlement, il était banquier » (📄 diapo 40 : financier).

  • Ce qu’on mesure, ce n’est plus les heures, c’est la production, la production par jour : « c’est donc la productivité ».

  • Les données de productivité (par ouvrier et par jour) :

    Laine (mètres/jour)Vin (litres/jour)
    Angleterre (ouvrier anglais)10 m1 l
    Portugal (ouvrier portugais)12 m6 l
  • Petite parenthèse : « quoique avec le nom qu’il a, vous voyez qu’il est originaire du Portugal, c’est pourquoi il met son sympathique pays d’origine ici » (sur la diapo, le Portugal est à gauche).

11.1 L’avantage absolu : le Portugal est meilleur en tout

  • Question à la salle (mains levées) : « Qui est le meilleur dans la production de vin, le Portugal ou l’Angleterre ? » → « Qui dit le Portugal ? Il y en a quelques-uns qui ont. Qui dit l’Angleterre ? » « Il y en a bien [ça], vous avez raison : l’avantage absolu, c’est le Portugal. » Une seconde fois : « Qui [vote pour] le Portugal ? Il y en a un peu plus, c’est assez évident. Et qui [vote pour] l’Angleterre ? — Personne. » ⚠️ le verbe est mal transcrit dans l’audio (“Qui vit…”) ; le sens est bien un sondage à mains levées
  • Verdict : « L’avantage absolu, c’est le Portugal. Le Portugal est meilleur en tout ».
  • Conséquence : « il devrait même être plus riche, puisqu’il est meilleur en tout : il peut choisir ce qu’il produit, il produit plus, il produit ce qu’il vend mieux ».

11.2 L’avantage comparé : les coûts d’opportunité croisés

  • « Où est l’avantage comparé ? Autrement dit, le coût d’opportunité ».
  • Coût d’opportunité d’1 litre de vin en Angleterre : « à quoi est-ce qu’un travailleur anglais renonce s’il consacre sa journée à faire du vin au lieu de faire de la laine ? » → la classe propose 1, 5, 10… « très bien. Le coût d’opportunité, c’est effectivement dix mètres de laine » :
  • Coût d’opportunité d’1 litre de vin au Portugal : la classe propose 1, 2, 3, 6 ; « il y en a quelques-uns qui ont osé lever la main, qui ont tout à fait raison : c’est deux ». « Parce que c’est 12 mètres [et] 6 litres : quand un ouvrier portugais consacre sa journée à faire de la laine, il fait 12 mètres, et il renonce à 6 litres [de vin]. Si je simplifie ma fraction, 12 pour 6, c’est 2 pour moi » :
  • Donc le Portugal a l’avantage comparé dans le vin (il renonce à 2 m au lieu de 10 m) — « encore une fois… mais deux autres » mains levées pour le Portugal.
  • Coût d’opportunité de la laine, par l’autre angle (par mètre de laine) :
  • Donc l’Angleterre a l’avantage comparé pour la laine : « malgré le fait que le Portugal est meilleur pour tout, eh bien, pour la laine il est un peu moins bon ».

📄 Les trois « approches complémentaires » de la diapo 44 :

ApprocheCalculAvantage
Gain de l’échange (achat de vin par litre)disposition à payer 10 m/l > seuil de concession 2 m/l → marge de 2 à 10 m, soit 8 m = gain à répartirPortugal (vin « moins cher »)
Coût d’opportunité relatif (du vin par litre)Portugal 2 m < Angleterre 10 m → Portugal
Coût d’opportunité relatif (de la laine par mètre)Angleterre 0,1 l < Portugal 0,5 lAngleterre
Coût relatif en travailvin : Angleterre 1 j / Portugal j ; laine : Angleterre j / Portugal j → le vin est 6× plus coûteux en travail en Angleterre, la laine seulement 1,2×Angleterre pour la laine, car

11.3 Un autre angle : le Portugal est « 12/10 » dans la laine et « 6 » dans le vin — [52:15]

  • Autre angle d’approche de l’avantage comparé :
    • « le Portugal, il est 12/10 = 1,2 fois [meilleur] pour la laine, mais pour le vin, il est 6/1 = 6 fois meilleur » → « il est beaucoup meilleur que l’Angleterre pour la production de vin, et seulement un peu meilleur que l’Angleterre pour la production de laine » ;
    • symétriquement, l’Angleterre est « un peu moins mauvaise » : « dans la laine 10/12 [elle est] un peu moins mauvaise que dans le vin 1/6 ».
  • Conclusion : « l’Angleterre sera un peu moins riche que le Portugal, mais au moins elle ne sera pas hors-jeu ».

12. Digression : les États-Unis, les droits de douane et les microprocesseurs — [54:13]

  • Objection anticipée d’un étudiant : « Faut pas dire que les Américains font tout mieux que nous, on sait rien leur vendre » → « C’est pas vrai. On leur vend même tellement de trucs que M. Trump a dû mettre des droits de douane » (⚠️ transcrit « droits de droite »), « parce qu’ils se rendent compte qu’en fait, ils sont bons et géniaux avec leur technologie informatique et avec quelques missiles ».
  • « Et tous les médicaments viennent de… » ⚠️ phrase inaudible.
  • Mais : « les machines qui fabriquent les microprocesseurs, elles sont toutes faites par un [ASML] aux Pays-Bas » ⚠️ le nom est très malt transcrit (« un sml au Pays-Bas ») ; c’est bien le fabricant néerlandais des machines de lithographie.
  • Conclusion : « Oui, le revenu par habitant en Belgique et en Europe en général est un peu moins haut qu’aux États-Unis, mais néanmoins, il y a des spécialisations par lesquelles on vend très bien ».
  • L’Angleterre l’a bien compris : « elle a tellement bien compris ça qu’elle a choisi l’industrie. La révolution industrielle a commencé en Angleterre et a fameusement accru la richesse de l’Angleterre, qui dominait déjà les mers et qui, en plus de dominer les mers, a dominé l’industrie pendant un siècle ».

13. Pourquoi Ricardo a-t-il choisi le Portugal et le vin ? — [55:40]

  • « Ricardo, c’était un malin. Il a pris comme exemple le vin et la laine. Il a pris comme pays le Portugal, un allié de l’Angleterre depuis toujours ».
  • ⚠️ « Attention, il devait raconter son histoire au Parlement : il ne fallait pas que ça fâche. »
    • « il n’a pas pris la France — il fait aussi du très bon vin — et c’est un pays avec lequel l’Angleterre a des relations un peu plus difficiles » ⚠️ le prof cite une conclusion de De Gaulle, « une des conclusions du film de Gaulle c’est que c’est bien qu’il collabore ».
  • « Et il a pris le vin, il n’a pas pris le blé. Parce que les Anglais savent bien que faire du vin en Angleterre, surtout avant le changement climatique, dans la brume et l’humidité, ça ne marche pas — les raisins n’arrivent même pas à maturité. Il ne faut pas essayer. Donc, ce n’était pas [un exemple] sensible » ⚠️ la dernière phrase est coupée/indistincte.
  • Le vrai problème de Ricardo, au XIXᵉ siècle, après les guerres contre Napoléon (⚠️ il se reprend à deux reprises : « oui, justement, à la France… » / « l’histoire ne fait que se répéter, désolé ») :
    • les agriculteurs anglais ont vu revenir du blé de France et d’Ukraine vers l’Angleterre → « ça, c’est la concurrence pour notre blé » ;
    • et donc : « on va mettre des droits de douane [douane] pour empêcher le blé de France et d’Ukraine de venir concurrencer le blé des agriculteurs anglais » ;
    • Ricardo dit non : « C’est une très mauvaise idée. Il faut acheter ce blé pas cher en France et en Ukraine, et il faut nous spécialiser dans l’industrie qu’on peut vendre très cher, avec laquelle on peut acheter beaucoup de blé. On renonce un peu de blé en Angleterre pour en acheter beaucoup à l’étranger, et on peut faire beaucoup de biens industriels en Angleterre ».

14. Le conflit politique : les Corn Laws au Parlement britannique — [58:22]

  • « Mais au Parlement, c’était difficile. Parce que rien n’est simple. Qui siégeait au Parlement à l’époque ? »

14.1 Qui avait le droit de siéger ? — le cens

  • « *On n’avait pas encore inventé le Parti socialiste, parce que Marx n’avait pas encore écrit (⚠️ « siéger au Parlement, c’est quand même extraordinaire ») ».
  • Les Lords : « les propriétaires terriens, la noblesse en général, c’est la propriété terrienne. Donc ça, c’était un parti : le parti des propriétaires terriens ».
  • « Et qui étaient les autres qui siégeaient au Parlement ? » → le prof rectifie : « depuis Henri VIII, ils avaient résolu le problème des [chrétiens] » ⚠️ mot indistinct, probablement la religion : c’est de l’aspect privé, pas dans la politique.
  • La règle : « Vous savez comment on siégeait au Parlement à l’époque ? On appelle[ait] un cens aujourd’hui » ⚠️ le mot est indistinct dans l’audio (« un croire ») ; il s’agit très probablement du cens, c’est-à-dire du seuil de fortune/impôt donnant le droit de voter. « En Belgique aussi, en 1830, à l’indépendance de la Belgique — qu’on va bientôt fêter dans quatre ans —, qui avait le droit de siéger au Parlement ? Les gens qui payaient l’impôt sur le capital ».
    • les propriétaires terriens : ils avaient du capital, ils payaient l’impôt ;
    • les autres : « *les bourgeois, les capitalistes, les industriels, les grands commerçants — il y a aussi du capital à déclarer. Ils payaient. Et grâce à ce qu’ils payent, ils pouvaient voter et être élus ».

14.2 La lutte politique : quel avantage comparé on favorise ?

  • « Politiquement, on va favoriser quel avantage comparé ? » → pas les bananes, pas le blé, pas le vin : la laine !
  • « *Donc on va favoriser les industriels qui [tissent] la laine » → gagnants : les industriels.
  • « Et ça va être difficile pour les propriétaires terriens de transformer leur terre en laine : oui, ils peuvent élever les moutons — tout ce qu’ils peuvent faire. Mais la terre, ça ne se transforme pas. Le travail, ça se transforme » → « les travailleurs vont aller vers l’industrie ».
  • Effets sur les propriétaires terriens : « les terres vont rapporter beaucoup moins, puisqu’elles vont vendre moins de blé et elles vont le vendre moins cher, puisqu’elles vont devoir le vendre au prix de la concurrence. Mais ça va permettre aux industriels de payer plus facilement leurs travailleurs ».
  • Le match était serré : « politiquement, ce n’était pas gagné d’avance, parce que ces deux partis étaient à peu près égaux au Parlement. Et c’était les riches contre les riches : les vieux riches contre les nouveaux riches. Et ce sont les nouveaux riches qui ont gagné. C’est toujours comme ça, d’ailleurs. »

15. Ricardo avait-il donc tout faux ? Pareto et compensation — [01:02:05]

  • « Alors oui, vous voyez que le commerce n’est pas toujours plaisir à tout le monde. Parce que si les Américains doivent payer les médicaments européens très cher, ils vont trouver ça pas amusant. Et si les propriétaires terriens voient que leurs terres rapportent beaucoup moins, c’est un peu embêtant pour le jour où ils doivent refaire le toit de leur château : il n’y aura pas beaucoup pour payer un nouveau toit ».
  • « Quand on va voir un peu plus en détail, il peut y avoir des gagnants et des perdants. Mais est-ce que Ricardo avait tout faux ? » → Non. « De quel gars parle-t-on ? Vous vous souvenez des deux manières de mesurer les gains de la semaine dernière : il y avait Pareto et son critère, et puis il y avait le critère de compensation ».

15.1 Au niveau des pays : une amélioration au sens de Pareto

  • « Est-ce que le commerce international améliore les choses au sens de Pareto ? » → « Oubliez les propriétaires terriens et les industriels du Parlement anglais : prenez simplement l’Angleterre comme un ensemble homogène, et le Portugal comme un ensemble homogène. Est-ce que les deux gagnent au commerce ? » → Oui.
  • « L’Angleterre a du vin moins cher, le Portugal a de la laine moins cher : donc ils ont tous les deux gagné au commerce. Donc Pareto s’applique, il y a une amélioration au sens de Pareto : on a amélioré le gain de l’un sans détériorer celui de l’autre, au niveau des pays ».

15.2 Au niveau des individus : le critère de compensation

  • « Au niveau des individus, est-ce qu’en Angleterre tout le monde gagne à la spécialisation, au passage de l’agriculture à l’industrie ? » → Non, les agriculteurs peuvent perdre.
  • « Mais est-ce que c’est défendable ? » → c’est là qu’intervient le second critère : la compensation, « qui consiste à dire que si les gagnants gagnent plus que ce que perdent les perdants, ils peuvent compenser les perdants ».
  • « Donc, si les industriels gagnent plus que ce que perdent les agriculteurs, ils peuvent compenser les agriculteurs. En pratique, ils ne l’ont pas fait en Angleterre, ou alors de façon très indirecte ».

15.3 Comment se fait la compensation aujourd’hui ? — la sécurité sociale

  • « *Dans le monde réel d’aujourd’hui, en Belgique, comment est-ce que les gagnants compensent les perdants ? » → « C’est par la sécurité sociale. »
    • « Ceux qui ont les meilleurs jobs, qui payent plus, qui contribuent plus, ça sert à payer des allocations dans un premier temps, des formations dans un second temps, et finalement l’intégration dans un nouveau job dans un troisième temps ».
  • Pourquoi la compensation est organisée à l’intérieur des pays : « parce qu’à l’intérieur des pays, le gain n’est pas toujours le même que celui qui existe à l’extérieur. Il y a des ressources qui se transforment pas si facilement, ou qui passent pas si facilement à autre chose, donc il faut les aider à passer à autre chose. Il faut prendre du temps ».
  • Exemple du charbon : « on a décidé d’acheter notre charbon en Australie et en Afrique, où on fait des mines à ciel ouvert, plutôt que les tunnels qu’on avait à Charleroi, à Liège et dans le Limbourg. Les mineurs ont dû s’adapter, ce n’était pas toujours facile. Mais maintenant, on fait d’autres choses ».

15.4 Charleroi se réinvente : l’exemple d’Aerospace

  • « Qu’est-ce qu’on est en train de construire à Charleroi ? » → ⚠️ le nom est mal transcrit (« Aerospace Stab », « Aerospace est ») : une startup aéronautique de Charleroi.
  • « *Une des startups les plus extraordinaires de Wallonie, qui fait des satellites et qui a des commandes dans le monde entier ».
  • Ses satellites servent de plus en plus aux drones, aux GPS, ⚠️ mot indistinct.
  • « Vous avez essayé vos prestables ? » ⚠️ question aux étudiants sur un device/outil, nom inaudible. « Ça vaut la peine de suivre, hein ? J’aurai bientôt besoin de manager » (plaisanterie).

16. Conclusion sur l’avantage comparé — [01:07:16]

  • « Je conclus donc sur l’avantage comparé, qui est donc cette capacité d’avoir un coût d’opportunité moindre pour un bien que pour un autre, par rapport à un autre pays, et qui encourage à se spécialiser entre pays — ou aussi entre individus ».
  • « C’est la bonne nouvelle accessible à tous : ça ne garantit pas nécessairement un revenu suffisant à tous, mais ça garantit au moins un revenu […] — mais pour ça, il existent aussi des compensations ».
  • « Alors, après la pause, on verra les gains de l’échange avec l’économie d’échelle » (→ séance suivante, dans le même cours).

17. Communication administrative : le tutorat (Céline, SCO) — [01:08:17]

⚠️ La voix qui parle ici n’est pas le prof : c’est Céline [Declère ?], du SCO — service de coordination pédagogique (l’acronyme est mal transcrit dans l’audio). Le prof s’est effacé : « il y a d’abord Céline qui a une communication à vous faire et qui va devoir brancher son HDMI ici »

  • « Si jamais, pour certaines et certains, c’était encore un petit peu flou, je refais une dernière annonce. Vous avez déjà reçu des tas d’informations via le BVE et via le cours Bienvenue à la faculté ».
  • « Je réinsiste une dernière fois, puisque les instructions vont bientôt être clôturées — normalement aujourd’hui, mais on peut donner un jour ou deux de plus ».
  • Définition : « le tutorat, c’est tout simplement une relation entre vous et un étudiant de deuxième ou troisième année — entre vous, mais aussi entre quelques autres d’entre vous : en général, un petit groupe de bloc 1 avec un tuteur ou une tutrice de deuxième ou troisième année ».
  • Le but : « principalement se rencontrer, tisser des liens, avoir une sorte de parrainage, de référent […] Ce référent peut vraiment vous aider à comprendre les clés de lecture de la culture universitaire — c’est-à-dire comprendre l’école, ne fût-ce que savoir ce qu’un professeur attend de vous à l’examen, entre autres, et pense à faire d’autres choses ».
  • Inscription : « si ça vous intéresse, inscrivez-vous via ce QR code. C’est très facile, c’est un petit questionnaire qui prend 30 secondes ».
  • « Si vous êtes interessé à faire partie d’une petite équipe de 3-4 étudiants de bloc 1 et d’être encadré par un étudiant de bloc 2 ou 3, je vous invite à vous y inscrire ».

18. Bruit de salle pendant la pause — [01:11:03 → 01:17:40]

⚠️ Contenu hors micro, très partiellement intelligible — consigné pour être complet, sans valeur de cours :

  • Conversation d’étudiants sur des « formules » à rendre pour une bourse : l’un ne les a pas faites (« j’avais besoin de quelques documents que je n’ai pas encore », il doit en parler à son père) ; l’autre explique qu’il manque encore de nombreux documents et qu’il doit « discuter avec mon père ».
  • Discussion sur la plateforme de cours (« il n’y a plus de plaisir à la réunion, là, avec les joueurs », « je n’ai même pas les fichiers / je ne trouve pas les priorités » ⚠️ mots inaudibles) et sur un verrouillage de modification de certains éléments.
  • Programmation 1 / 2 : « complément de programmation, j’ai l’impression d’avoir réussi la programmation 1 » → « oui, apparemment. En fait c’est une suite [de ce qu’on avait en première année] ». Le TP d’environnement de travail est fait (« on a installé, téléchargé via Visual Studio Code, et préparé notre espace de travail ») ; il faut travailler sur Linux (« j’ai installé Ubuntu et ça ne marchait pas, j’ai dû désinstaller une autre version »), et « ceux qui ne savent pas devront faire sur Windows, en tapant les commandes dans le terminal ».
  • Le silence de la pause apparaît ensuite dans la transcription comme des blocs « Sous-titrage » sans parole, d’environ 30 s à 3 min (≈[01:11:32–01:15:02] et [01:19:21–01:19:51]).

19. Retour : les gains de l’échange avec des économies d’échelle — [01:17:42]

  • On va essayer de montrer « une situation qui vient d’échange et qui entraîne aussi une spécialisation, et qui est probablement celle [que l’on pense le moins] » : les économies d’échelle ⚠️ la fin de la phrase est très dégradée par l’enregistrement (« à laquelle beaucoup – contrairement – songent ») ; l’enchaînement avec la suite confirme qu’il s’agit des économies d’échelle.
  • Définition provisoire : « *Les économies d’échelle, ça consiste à faire plus, et plus on fait, moins ça coûte ». (« On va la définir avec précision dans un instant. »)

19.1 La question : la taille du marché a-t-elle une importance pour les coûts ?

  • « La question, c’est de savoir si la taille du marché — le nombre de biens vendus, la quantité qu’on peut vendre — a une importance pour les coûts de production ».
  • Dans l’exemple vu jusqu’à présent (Angleterre / Portugal) : non. « *Les 10 mètres de laine, que ce soit un jour, 10 jours, 100 jours, c’est toujours 10 mètres par jour. Il n’y a pas de différence, qu’on produise un peu ou beaucoup : la fonction de production, la capacité de produire, ne se modifie pas ». C’est le cas des rendements constants.
  • « Dans le monde réel, elle a souvent tendance à se modifier, même avec de l’entraînement sportif : plus, ça permet de faire mieux. Donc nous allons examiner cette possibilité ».

20. Définition des économies d’échelle et premier calcul chiffré — [01:20:20]

  • Définition : « Produire davantage pour réduire le coût […] mais quel coût ? Le coût unitaire de production, le coût unitaire ou le coût moyen : c’est le coût total de la fonction de la quantité produite divisé par la quantité produite ».
  • Économies d’échelle : « quand le coût total de produire 100 unités, divisé par les 100 unités, est plus petit que le coût total de produire 10 unités, réparti sur les 10 unités » :
  • L’exemple chiffré fait au tableau (il demande explicitement la formule complète à un étudiant) :
    • et ;
    • coût unitaire pour 100 : ;
    • coût unitaire pour 10 : ;
    • « Donc quand je produis plus, 100 au lieu de 10, le coût par unité diminue : il devient 1,1 au lieu de 2. Il y a des gens qui ont de bons cours de maths qui aiment bien les maths dans la semaine… il y a quand même des gens qui [ont posé la question] » ⚠️ la fin est inaudible.
  • La fonction de coût total (⚠️ la formule est donnée à l’oral pendant la discussion, l’attribution de la prise de parole n’est pas certaine ; le prof la vérifie : « la fonction de coût total, c’est 10 + 1 × Q. C’est juste : 10 + 10 ça fait bien 20, et 10 + 100 ça fait bien 110 ») :

21. La fonction de coût total : le coût fixe — [01:23:38]

  • Formulation générale :
  • = coût fixe = l’investissement ;
  • = coût unitaire (variable) par unité produite.
  • Ce que représente , avec les exemples du prof :
    • pour une entreprise pharmaceutique, le coût de découvrir une nouvelle molécule : « ça prend du temps et beaucoup d’argent » ;
    • pour un sportif, les heures d’entraînement : « ça prend du temps et ça n’apporte rien tant qu’on n’a pas gagné la compétition ».
  • La logique : « c’est donc un investissement fixe que l’on va essayer de valoriser après, sur plusieurs compétitions (pour le sportif), plusieurs exemplaires du médicament (pour l’entreprise pharmaceutique) […] un investissement de départ qui ensuite est valorisé sur des quantités de plus en plus grandes, ce qui fait que le coût de cet investissement est réparti sur toutes ces unités de produits, et il a l’immense avantage d’être dilué dans la production et donc de réduire le coût par unité ».
  • Corollaire stratégique : « évidemment, on ne peut pas avoir investi dans tout. En fait, chaque entreprise va investir dans une spécialité et va pouvoir valoriser cet investissement. Tandis que si chaque entreprise investit dans tout, elle va chaque fois avoir ce fameux coût fixe qui va lui coûter très cher, et elle ne va pas pouvoir atteindre des niveaux de quantité très élevés qui permettent d’avoir beaucoup de gains ».

22. Le coût moyen — et l’exemple de l’université — [01:25:23]

  • Le coût moyen (le prof anticipe, le complète) : en divisant par :

→ « ça vous montre bien qu’une des sources d’économies d’échelle — ce n’est pas la seule, et c’est la plus facile à comprendre — c’est de valoriser l’investissement initial sur une grande quantité d’utilisation de cet investissement ».

  • Application : les amphithéâtres de l’université — « nous avons eu de grands débats dans cette université à propos du prix des amphithéâtres » :
    • « la plupart de vos grands cours se donnent le matin et se localisent l’après-midi. Si nous pouvions remplir ce local l’après-midi, le coût par cours donné dans cet amphi diminuerait, puisqu’on répartirait le coût de l’amphi sur plus de cours, plus d’heures de cours, que quand on le donne et qu’on ne l’utilise que le matin » ;
    • L’autre objection : « oui, mais le matin, c’est plus facile : les étudiants sont plus attentifs l’après-midi, [ils sont] en groupes, etc. On peut en discuter. Mais voilà, des débats de bonne gestion, tout simplement ».
  • Le principe de gestion : « Ces moyens ne sont jamais utilisés nulle part. Il y a un débat dans les écoles ».
  • Le réfectoire : « on va construire un réfectoire, et alors il est occupé de midi à deux heures, dans le meilleur des cas. Non : un réfectoire, il doit être une salle polyvalente en même temps. À ce moment-là, il devient rentable ».
  • L’argument écologique : « il y a le bon sens, c’est écologique : on ne va pas gaspiller du béton, du chauffage pour un local qui ne sert que deux heures par jour ».

23. Coût total, coût moyen et coût marginal : définitions et calcul — [01:28:04 → 01:32:30]

23.1 Lecture des courbes

  • « Voilà, vous l’avez ici, la fonction de coût total qui part au niveau : même pour produire 0, ça a coûté — il a fallu construire le local, et puis après on l’utilise. Et même chose, le brevet : même si on ne l’utilise pas, il a coûté, et puis après il sert à produire des médicaments ».
  • La fonction de coût moyen : « il y a un coût fixe dans ton produit, à […] la fonction de coût moyen, c’est . [Pour] la première unité, elle coûte . Et après, on divise le par , et on voit que le coût moyen est de plus en plus petit — le coût par unité ou coût unitaire est de plus en plus petit, parce qu’on répartit l’investissement sur l’ensemble des unités produites ».

23.2 Les trois définitions (rappelées, et déjà utilisées pour Marie Curie / Justine Henin)

  • Coût total : « *pour une quantité, l’ensemble des ressources qui ont été consommées » ;
  • Coût moyen : « *les ressources totales divisées par le nombre d’unités », donc en quelque sorte « le coût d’une unité » ;
  • Coût marginal : « *attention, il y a un autre coût d’une unité : c’est le coût supplémentaire que génère l’unité supplémentaire » ;

23.3 Le calcul du coût marginal dans notre fonction

  • « Il ne reste plus que petit : c’est le coût de reproduction, le coût — par exemple, dans le secteur pharmaceutique — de multiplier les gélules pour en faire des choses [que] la molécule puisse être facilement absorbée par le patient, et [les] mettre en boîte. Ça ne coûte pas très cher : un coût constant par boîte ».
  • « Et le coût fixe n’apparaît pas, évidemment : quand on produit une molécule supplémentaire, le coût d’avoir créé la molécule, le coût d’avoir installé la chaîne de production, ça a disparu — enfin, il est bien là, mais ça ne change rien à chaque molécule supplémentaire qui est produite […] une fois que la machine tourne, elle crache. Que vous produisiez des bonbons ou des médicaments, c’est la même chose : vous faites tourner la machine ».

23.4 Le corollaire : le débat sur le prix des médicaments

  • « Il faudra au moins que le coût marginal soit payé sur les médicaments. Mais vous voyez tout le débat sur les médicaments : il ne faut pas seulement payer le coût de le produire (le coût de le reproduire), il faut aussi trouver un moyen de payer le coût de le créer ».
  • « Et les entreprises font ça très très bien : elles vendent les médicaments très très chers, beaucoup plus chers que le coût de les produire, pour se faire rembourser le coût de les créer ».
  • « Et parfois elles doivent négocier avec l’État, quand c’est l’État qui rembourse, parce que lui n’a pas envie de payer trop cher ; il veut être sûr que ça sert vraiment à créer ce qu’il paye — en plus, il doit reproduire un médicament ». (« Ce sont de gros sujets qui vont revenir. »)

24. Exemple chiffré : les aspirines et les vitamines — [01:32:44]

📄 diapos 57 et 58 — « Spécialisation : des aspirines et des vitamines » Données : demande totale (aspirines) et (vitamines) ; (« le brevet / l’usine » = coût fixe, « le coût de reproduction des comprimés » = coût unitaire), par usine. Le prof annonce qu’il va « aller assez vite, parce que c’est de la même logique, mais regardez bien la DIA que vous avez dans vos notes et sur votre campus ».

  • Cas 1 — deux producteurs produisent les deux biens (chacun fait la moitié de chaque bien) :

(📄 diapo 58 : « 2 produits dans chaque SITE : et » → 4 usines : 2 pour les aspirines, 2 pour les vitamines)

  • Cas 2 — un seul producteur fait toutes les vitamines, l’autre toutes les aspirines (2 usines) :

*(📄 diapo 58 : « 1 produit dans chaque SITE » → 2 usines)

  • La conclusion orale : « *il a intérêt à faire toutes les aspirines dans une usine et toutes les vitamines dans une autre, et pas d’avoir deux usines de vitamines et deux usines d’aspirines » — « donc le résultat, c’est qu’on a intérêt à faire toutes les aspirines dans une usine ».
  • Le gain de la spécialisation (calcul non fait à l’oral ; 📄 diapo 58 donne la formule) :

soit économisés par bien, donc au total sur les deux biens. ⚠️ la diapo écrit , ce qui donne avec nos valeurs : c’est l’écart de coût, le gain en est la valeur absolue.

  • 📄 Effet sur l’emploi — diapo 57 uniquement, NON développé à l’oral (« * = 1000 personnes, = 10 personnes, = 100, = 50 »). La diapo affiche :

    • Petite échelle : personnes par usine → « (2×) personnes → 3000 personnes » ;
    • Grande échelle : personnes → « (1×) < 3000 personnes, mais autres produits possibles ».

    ⚠️ La multiplication de la diapo est ambiguë : ne pas la « corriger » silencieusement. Le scénario « petite échelle » comporte 4 usines (2 aspirines + 2 vitamines) et le scénario « grande échelle » 2 usines ; un décompte cohérent donnerait contre , et non contre . On retient donc les chiffres de la diapo tels quels (3000 / 2000), le prof ne les commente pas à l’oral. En revanche il développe plus tard l’idée en « personnes » : voir section 27.2 (« ici, le coût fixe est de 1000 personnes… et voilà qu’on a réduit les coûts fixes »).


25. Applications : comment l’Europe et les États-Unis se partagent la santé — [01:35:04]

  • « Vous savez comment les États-Unis et l’Europe se sont partagés la santé ? »
    • En Europe : les vitamines et les aspirines, c’est-à-dire les médicaments ;
    • Aux États-Unis : les machines médicales — « *les Baxter, les Lio [⚠️ nom très mal transcrit ; possiblement Eli Lilly], et les pistouilles électroniques » ⚠️ dernier item inintelligible — « alors, tout ça c’est du machinat, c’est [chez nous] que ça se passe [pour les médicaments] » ⚠️ la fin de la phrase est dégradée.
  • « Et on s’est échangé. Parce que les économies d’échelle, ce n’est pas toujours dans une usine : c’est aussi dans un secteur, dans un savoir-faire ».

25.1 Pourquoi la Belgique fait-elle tellement de médicaments ?

  • « On a aussi un excellent enseignement technique dans les écoles techniques secondaires : l’option chimie est une excellente option, qui bien souvent mène à la pharmacie ».
  • « On a aussi des ingénieurs et des chimistes formés dans les hautes écoles et les universités », et « des doctorats, parfois financés par l’industrie, qui font qu’on a une espèce d’écosystème du médicament — et en particulier, aujourd’hui, des biotechnologies pour les médicaments, qui est particulièrement [développé en Belgique] ».

25.2 UCB : l’histoire d’une réinvention

  • « *Pour certaines entreprises, c’est en plus le résultat d’une magnifique transformation : UCB […] c’est le dernier fleuron de l’industrie belge » ⚠️ la suite de la phrase est inaudible — « c’est un des tops dans les biotechnologies pharmaceutiques ».
  • « Le nom UCB vient de l’Union Carbo-Chimique Belge. Au XIXᵉ siècle, ces gens-là faisaient de la chimie du charbon ».
  • « Ils ne faisaient pas des biotechnologies pharmaceutiques, mais ils ont su se réinventer de génération en génération. Et maintenant, il n’y a plus personne qui parle de l’Union carbo-chimique belge, sauf que ça s’appelle toujours UCB ».
  • L’anecdote : « j’ai rencontré ce week-end un ami dont le père — qui a 90 ans — avait commencé sa carrière chez UCB, comme ingénieur, pour faire des engrais. Il a terminé sa carrière comme ingénieur pour gérer des processus de production de médicaments. Le même ingénieur. Donc il n’y a pas que l’entreprise qui s’est réinventée : une bonne partie de son personnel s’est réinventée aussi ».

26. L’essentiel : le message des économies d’échelle — [01:38:07]

  • « Avec une usine qui fait toutes les vitamines, on va avoir la vitamine moins chère par unité que s’il y avait deux usines. Avec une usine qui fait toutes les aspirines, on va avoir les aspirines moins chères par unité qu’avec deux usines ».
  • « Et il n’est pas du tout impossible que la grande usine de vitamines se trouve dans un pays et que la grande usine d’aspirines se trouve dans l’autre, et que ces deux pays échangent des aspirines contre des vitamines ».
  • « Ça n’est pas plus cher que si chaque pays essayait de [faire] à la fois son usine d’aspirine et son usine de vitamines ».
  • Reprise sur la courbe de coût moyen : « en produit plus, ça coûte moins par unité. Vous l’aviez compris. »

27. Les limites : dépendance, risques, et qui perd son emploi — [01:38:55]

27.1 La dépendance (objection « on s’illusionne ! »)

  • « Vous allez me dire : [mot indistinct, transcrit « Nidia »]… on est encore en train de nous illusionner ici, au secours ! » ⚠️ (il raille l’objection de Mélenchon, « l’économiste qui rêve », et l’« au secours, Marine » ; puis il cite le rapport Draghi sur la compétitivité européenne et la dépendance des ressources extérieures).
  • Les cas d’école :
    • « si nous achetons nos drones en Russie parce qu’ils sont mieux faits là-bas, le jour où on serait en guerre avec la Russie — ce qui est peu probable en direct, mais ce qui est très probable en indirect, c’est-à-dire via l’Ukraine et d’autres — eh bien, on aura peut-être un petit problème avec les drones » ;
    • « si tout notre gaz vient de Russie […] c’est de la spécialisation, ce sont des économies d’échelle, mais… » ;
    • « si tout le cobalt vient du Congo et que les Chinois ont acheté tout le cobalt du Congo (⚠️ « c’est dans le rapport d’Angie », c’est-à-dire le rapport Draghi) […] l’électrification de l’industrie européenne va être un peu difficile, parce que ça va dépendre du bon vouloir des Chinois : il faut du cobalt pour les batteries, etc. ».
  • La formule à retenir : « Attention, il y a des cas où la spécialisation vous met en danger, parce qu’il y a des choses que vous n’allez plus faire vous-même. Et donc, s’il y a un problème d’approvisionnement […] ».
  • Sans intention maligne : « je parle ici de pays hostiles, mais on pourrait aussi avoir tout simplement que la seule usine du monde soit victime d’un tremblement de terre. Il n’y a personne qui n’a rien voulu de mal ; il y a juste des circonstances naturelles qui font perdre l’unique unité de production ».
  • Mais : « ça ne veut pas non plus dire qu’on doit faire tout dans chaque village ».

27.2 Le même calcul en « personnes » : qui travaille au coût fixe ?

  • « Même chose pour l’emploi : ici, le coût fixe est de 1000 personnes (mettons, au lieu de 1000 euros), le coût marginal est de 10 personnes (au lieu de 10 euros) — et voilà qu’on a réduit les coûts fixes ».
  • Qui travaille « au coût fixe » ? « À part le personnel de nettoyage, les bureaux, ce sont des ingénieurs […] » ⚠️ l’énumération est très dégradée dans l’audio (« ingénieurs, civils et de gestion, gymnistes et de gestion » ; le prof oppose les métiers d’étude/conception aux ouvriers de production) → « Oui, ce n’est pas les ouvriers. Là, ils font partie des coûts de reproduction des médicaments, pas de coûts de création — ou très peu ».
  • « On espère que ces gens-là sont assez malins pour s’inventer un nouveau job, comme ils ont su faire chez UCB. Mais ce n’est pas toujours si facile ».
  • La règle générale : « quand ce sont les économies d’échelle qu’on fait, c’est bien souvent le management, et surtout le middle management, qui perd son job. Ce n’est pas la production — pas trop, parce qu’on produit toujours plus. Mais c’est le management. Ce qu’on espère du management, c’est d’être capable d’inventer autre chose ».

27.3 Le dilemme « rassurer » ou « transformer »

  • « Ça vous explique » ⚠️ passage très inaudible « … tous les gens qui ont peur de quelque chose ».
  • La position du « centre » / de la gauche modérée : « les gens du centre doivent faire bien attention à ce qu’ils vont [faire], et à rassurer — mais pas juste rassurer gentiment en disant : “Attends, fais pas, tout va aller bien, ça c’est mon avis, nous” ».
  • « Non : nous mettons en place des mécanismes de transformation de notre économie, de manière que ce soit bien une économie pour tous. Mais en même temps, ils ne vont pas nous permettre de gaspiller à tous les coups des ressources quand nous pourrions faire mieux avec ce qu’on a ».

28. Applications au commerce international : taille des pays et Union européenne — [01:44:00]

  • « Les applications au commerce international, j’ai eu l’occasion d’en parler [auparavant], donc je ne vais pas revenir sur l’historique de Ricardo, sur le problème de la diversité des individus, sur les problèmes de risque qu’on produit : [on peut] produire trop d’un bien avec des effets d’échelle, ou avoir des concentrations géographiques dangereuses, simplement parfois du point de vue risque naturel, sans compter les risques politiques ».

28.1 L’avantage du petit pays… et son problème

  • « Pour un petit pays qui n’a pas beaucoup d’effet sur les prix, il va pouvoir aller acheter ailleurs au meilleur prix. Ça ne va rien changer : tout le monde sera d’accord de lui vendre. C’est comme ça qu’un pays comme le Luxembourg est très prospère. Ce n’est pas seulement parce qu’il a organisé des systèmes fiscaux et autres avantages, comme l’Irlande, mais c’est aussi parce que, tout simplement, comme petit acteur, il peut aller faire son shopping partout. Il vend juste quelques trucs qu’il fait très bien, et le reste il l’achète beaucoup moins cher ».
  • L’inconvénient symétrique : « un gros acteur, lui, a un effet sur les prix : quand toute l’Europe ou tous les États-Unis achètent un bien, ça a tendance à faire le prix mondial, donc le bénéfice est un peu moins grand — mais ça reste quand même avantageux ».
  • « Alors le petit pays a par contre un petit problème avec les économies d’échelle : il risque de ne pas avoir assez de ressources pour faire les grandes usines, les grandes unités de production, et donc là il pourrait tout à coup dépendre d’un monopole étranger — et là, ce n’est pas toujours très bénéfique ».

28.2 La réponse de l’Union européenne : la politique antitrust

  • « C’est pour assurer les petits pays que l’Union Européenne a créé, dès sa création, dès le marché commun de 1957, une politique antitrust, une politique de contrôle des monopoles, pour justement éviter que les petits pays aient l’impression d’être exploités par les grands — ou même que les grands pays s’exploitent entre eux via les entreprises ».
  • 📄 Slide « Commerce international : Belgique » (non développé à l’oral dans cet audio) : « Économies d’échelle : voitures par modèle, chimie par know-how · Avantage comparé : Ingénierie contre Matières premières ».

29. Conclusion de la partie « commerce » et ouverture de la section 3 — [01:46:07 → 01:48:55]

  • Récapitulatif des trois niveaux de l’analyse des choix et des interactions (« Choisir et interagir », le titre du chapitre) :
    1. Le choix individuel : principalement à travers le coût d’opportunité, illustré par l’emploi du temps ;
    2. Le gain de l’échange : d’abord le gain de l’échange par la production spécialisée (« chacun fait ce qu’il fait le mieux ») — l’histoire de l’Angleterre et du Portugal, ou celle du mécanicien et du jobiste ; ensuite le gain de l’échange par les économies d’échelle (« chacun investit dans les économies d’échelle, chacun [y investissant] différemment ») — c’est ce que nous venons de faire ensemble.
  • « Y a-t-il des questions ? N’hésitez pas à me les poser aussi à l’intercours en fin de cours et par mail, s’il en reste ».
  • Ouverture de la troisième dimension : « nous devons arriver à une troisième dimension des choix et des interactions, qui est quand les interactions deviennent stratégiques. C’est-à-dire que maintenant, on va commencer à se demander ce que va faire l’autre ».
  • « Pour le moment, c’était très simple : on négociait avec lui tout au plus un prix, et encore, ce prix était dans des marges. Chacun avait la possibilité de dire : “je me retire si je ne gagne pas”. Donc, c’était sûr que normalement chacun allait gagner, sinon il ne participe pas. Très simple. Mais ce n’est pas toujours aussi simple ».
  • « On peut avoir des situations où on doit vraiment anticiper comment l’autre va réagir. [La bonne façon de faire], c’est qu’il faut en fait penser son action à soi comme une réponse à l’action d’un autre ».
  • « Nous allons ouvrir ça ensemble aujourd’hui, et on continuera, bien entendu, mercredi » (le cours se donne le mercredi).

30. Section 3 : les interactions stratégiques, et les deux nouveaux concepts — [01:48:55]

  • Le programme annoncé : « comme toujours, on parle de questions et d’observations. On va avoir deux concepts très utiles : les incitations et les équilibres, et puis après on va appliquer ça à des stratégies, en particulier le célèbre dilemme du prisonnier, et puis le problème de la fourniture du bien public, etc. ».
  • Pourquoi anticiper l’autre : « il faut se demander ce qui pousse à agir ».
    • « On pourrait vouloir que tout le monde soit bon, gentil et bienveillant : ce n’est pas toujours le cas. Et ce n’est pas toujours malveillant non plus : c’est simplement chacun poursuivre son intérêt » ;
    • « Le pire, ce sont les gens nocifs, les jaloux, les envieux : ça, il n’y a rien à faire » ⚠️ le mot est indistinct dans l’audio (« c’est persévérant ») « *mais la plupart des gens, sans être jaloux, envieux ou agressifs, ils poursuivent simplement leur intérêt » ;
    • « *Certains sont altruistes, mais l’altruisme est parfois une forme d’intérêt aussi — se manifester comme un altruiste » (⚠️ « c’est un débat qui dépasse largement »).
  • Les deux questions : « qu’est-ce qui motive les autres, et qu’est-ce qui me motive moi ? Et donc, comment est-ce que je peux anticiper [ce] que les autres vont se comporter, compte tenu de ce que je pense qui les motive ? Comment est-ce que je peux anticiper comment je vais me comporter, compte tenu de ce qui me motive ? »
  • Les exemples d’incitant à anticiper : « est-ce que les clients d’un commerce vont-ils faire la file devant le comptoir ou se bousculer pour être le premier servi ? La plupart du temps, les gens se comprennent bien, mais de temps en temps, il y en a quand même un petit peu qui dépassent la file. C’est vrai en voiture aussi, c’est vrai dans les files, dans les magasins, c’est vrai un peu partout. Pourquoi ? Et qu’est-ce qui peut restreindre ça ? » — de même : « la plupart des gens ne jettent pas leur papier en rue, mais certains le font, et certaines villes ne sont pas toujours très belles à voir. Pourquoi ? »

30.1 Définitions

  • Incitant : « une force qui pousse un agent et ses décisions dans une direction ».
  • Équilibre : « c’est un peu conceptuel, mais vous allez tout de suite voir ce que ça donne concrètement : une situation qu’un agent n’estime pas avoir intérêt à quitter seul, ou modifier seul, tant qu’un élément neuf n’intervient ».
  • « Il s’agit bien ici d’équilibre individuel, d’un choix individuel ».
  • « Premier exemple, retour en arrière : vous savez que tout est lié dans ce cours, et c’est bien pratique parce que ça nous permet de bien fixer un ordre de connaissance ».

30.2 Vérification sur le choix du nombre d’années d’études — [01:51:34]

  • La situation du cours précédent : ici on avait la satisfaction ou le revenu ; « je vous ai encouragé à voir plus large que le revenu, en parlant des prix Nobel par exemple, et de la sociabilité, et de toutes sortes d’autres aspects liés aux études ».
  • Les deux courbes :
    • « un coût marginal qui augmente avec le nombre d’années, parce qu’on renonce à des revenus de plus en plus élevés et d’autres choses » ;
    • « un bénéfice marginal qui diminue, parce que plus d’études, il n’y a pas nécessairement, au-delà d’un certain seuil, plus de revenus ou plus de capacités de faire une belle carrière scientifique. Il vaut mieux commencer tout de suite à faire de la recherche que de toujours étudier comment les autres la font ».
  • L’incitant : « tant que le bénéfice marginal est supérieur au coût marginal, j’ai un incitant à étudier plus ».
  • L’équilibre : « mais quand le bénéfice marginal est exactement égal au coût marginal, ça ne me rapportera pas plus d’années supplémentaires que ce qu’elle m’ajoute de coût. Eh bien, à ce moment-là, on a l’équilibre : c’est-à-dire qu’on n’a plus envie de changer. C’est le bon nombre d’années d’études ».
  • « Et ici, ce qui pousse au mouvement, c’est l’incitant ».

31. Le jeu des chasseurs : construction du tableau de gains — [01:53:25]

📄 diapo 17 de Sections 3.pdf — « Distinguer les contextes stratégique et aléatoire » (et diapo 15-16 pour les équilibres, section 32)

  • Mise en situation : deux chasseurs, le chasseur 1 (⚠️ transcrit « chasseur A ») et le chasseur 2 — « le chasseur 1, qui est très inventif pour le nom » (plaisanterie). ⚠️ le texte du prof est ici très dégradé par l’enregistrement ; le sens général est clair et il est corroboré par le tableau des slides.
  • Les activités possibles :
    • chasser le lièvre (un petit animal) : on suppose qu’on peut le chasser tout seul ;
    • chasser le cerf (une grosse bête, ⚠️ transcrit « un prospect / le serre ») : « *il faut être deux. C’est une entreprise. » ;
    • « Il y a les conflits ! » ⚠️ phrase inaudible ;
    • « Bon, et le chasseur 2, même chose : il peut chasser le lièvre, ou il peut chasser le cerf ».
  • Méthode de construction du tableau (« suivez bien ici comment le tableau est construit, ça vous évitera les erreurs du temps ») :
Chasseur 2 : Lièvre (solo)Chasseur 2 : Cerf (entreprise)
Chasseur 1 : Lièvre (solo)1, 12, 0
Chasseur 1 : Cerf (entreprise)0, 23, 3
  • Lecture ligne par ligne, telle qu’il la fait :
    • « Si le chasseur 2 chasse le lièvre, et que le chasseur 1 décide de chasser le lièvre → le chasseur 1 aura 1 lièvre » ;
    • « Si le chasseur 2 chasse le lièvre, il ne va pas aider le chasseur 1 à chasser le cerf, parce qu’il est occupé au lièvre, et le chasseur 1 aura 0 » ;
    • « Si le chasseur 2 chasse le cerf et que le chasseur 1 chasse le lièvre, c’est super : le chasseur 2 n’est pas là, et le chasseur 1 prend tout le lièvre, il en a 2 » ;
    • « Si les deux chassent le cerf ensemble, ils ont une grosse bête, et ça vaut 3 au lieu de 2 ».
  • Réflexion symétrique du chasseur 2 : « si le chasseur 1 chasse le lièvre, il peut avoir un lièvre aussi, ils feront chacun un. Si le chasseur 1 chasse le lièvre et que le chasseur 2 chasse le cerf, c’est une mauvaise idée, parce qu’il aura zéro. Si le chasseur 1 chasse le cerf et que le chasseur 2 chasse le lièvre, super, il va empocher les deux lièvres. Et si les deux chassent au cerf, ils vont se mettre ensemble, ils vont faire une entreprise, et ils vont gagner 3, 3 ».
  • Le passage à l’aléatoire 📄 (diapo « ALÉATOIRE = GESTION DU RISQUE ») : la même matrice transposée en météo au lieu d’un adversaire, chaque état ayant une probabilité → gain attendu = 1,5 dans les deux cas ⚠️ ces chiffres figurent sur la diapo ; le prof ne les développe pas à l’oral dans cet audio.

32. Les équilibres de ce jeu — [01:55:47]

  • La question : « étant donné la définition d’un équilibre — une situation qu’on n’a plus envie de quitter — pouvez-vous me dire quel est l’équilibre de ce jeu, ou quels sont les équilibres de ce jeu, s’il y en a plusieurs ? C’est-à-dire, est-ce que vous pouvez anticiper l’avenir de la chasse en Wallonie ? Est-ce que tout le monde va chasser le cerf et laisser les lièvres tranquilles ? Ou est-ce que tout le monde va chasser le lièvre et laisser les cerfs rômer dans la forêt ? »
  • La méthode de réponse : « De quoi est-ce qu’il faut partir ? Il faut partir de ce que fait l’autre, et se dire : “tiens, quelle est ma meilleure réponse à ce que fait l’autre ? Est-ce que j’ai un terrain à changer, ou pas changer ?” » — « Si je pars du concept d’équilibre directement, je pars directement d’équilibre : ne plus changer ».
  • Équilibre 1 — (cerf, cerf) : « Imaginez que je suis ici, en , et que je suis sûr que le chasseur 2 va chasser le cerf, c’est promis juré. Est-ce que, comme chasseur 1, j’ai envie d’aller chasser un lièvre ? » → non, « parce que je perds : je passe de 3 à 2 ». « Et le chasseur 2, est-ce qu’il est sûr qu’il va chasser le cerf si je chasse le cerf ? » → oui, « je suis le chasseur, sachant que c’est sûr de le faire ». « *Donc puisque personne n’a envie de quitter le 3-3, c’est-à-dire le cerf-cerf, c’est un équilibre ».
  • Équilibre 2 — (lièvre, lièvre) : « Si je vous dis que tout le monde chasse le lièvre : si le chasseur 2 chasse le lièvre, est-ce que le chasseur 1 va aller chasser le cerf ? » → non, pas tout seul (il passerait de 1 à 0). « Si le chasseur 1 chasse le lièvre, est-ce que le chasseur 2 va aller chasser le cerf ? » → non, pas tout seul (il passerait de 1 à 0). « Hé, j’ai trouvé un : , c’est l’équilibre ! Il rapporte moins, mais c’est un équilibre ».

📐 Lecture complète (diapo 15 et 16, pour aller plus loin que l’oral) : 3 équilibres — 2 en stratégies pures (C/C et L/L) et 1 en stratégie mixte (« Si (1) mixe, (2) mixe : équilibre en stratégies mixtes, risqué », c’est-à-dire une loterie). En évaluation : (3,3) domine toutes les autres combinaisons (Pareto-dominant) mais n’est pas le seul équilibre ; en égalité, les deux équilibre et sont égalitaires, « égalité prospérité ».

32.1 Analogie : être « coincé » dans un équilibre médiocre

  • « C’est-à-dire que quand on est coincés là — [comme] le Cameroun, où la seule manière de survivre, c’est d’être corrompu — on va rester tous corrompus. Et ce n’est pas de la chance, parce qu’on va rester à ce niveau-là de revenu ».
  • « Si on arrive à trouver une autre organisation, on pourrait arriver au niveau supérieur, mais il faut que tout le monde accepte de changer les règles du jeu ».

32.2 Exercice à faire pour mercredi

  • « Alors, comme exercice, vérifiez que ces deux points-là ne sont pas des équilibres » ⚠️ (le prof montre une autre case du tableau sur le slide) — « c’est-à-dire qu’on a envie de faire autre chose ».
  • « Et on continue mercredi ». « Vous voyez, ici, on tient compte des uns et des autres ».

Points clés — [résumé]

  • Le fil du cours : choisir et interagir en trois niveaux — (1) le choix individuel (coût d’opportunité), (2) le gain de l’échange (spécialisation / avantage comparé, puis économies d’échelle), (3) les interactions stratégiques (incitants, équilibres).
  • Règle marginale du choix individuel : on arrête quand bénéfice marginal = coût marginal ; la règle est universelle, les courbes sont personnelles (Marie Curie : bénéfice marginal colossal ; Justine Henin : coût d’opportunité énorme au même âge que ses titres).
  • Le commerce n’est pas un jeu à somme nulle : « ça dépend ». Il y a du commerce d’exploitation, mais il s’appuie alors sur la puissance militaire ou une ressource exceptionnelle — c’est exceptionnel. Dans la plupart des cas, le commerce est un moyen pour tous de vivre mieux.
  • Le prix est un intervalle, pas un point : les bornes de la négociation sont les coûts d’opportunité (« sachez exactement ce que chaque chose vous coûte, pour ne pas payer plus que ce que ça vous coûte »). Exemple : 1 repas ≤ prix ≤ 8 repas ; gain d’échange = 7 repas (différence entre les deux coûts d’opportunité), réparti selon le pouvoir de négociation. À un prix de 4 repas : gain du jobiste (payeur) , gain du mécanicien (vendeur) , total 7.
  • Spécialisation → avantage comparé : « produire davantage de ce que nous faisons le mieux, pour acheter davantage de ce que nous faisons le moins bien ». Avantage comparé = renoncer à moins que l’autre ; avantage absolu = être meilleur. C’est le comparé qui compte (mécanicien : réparations ; jobiste : repas, où il ne renonce qu’à de réparation).
  • Ricardo (Angleterre : 10 m de laine / 1 l de vin ; Portugal : 12 m / 6 l) : le Portugal est absolument meilleur partout, mais

L’Angleterre est « un peu moins mauvaise » dans la laine, mais très moins bonne dans le vin : elle « ne sera pas hors-jeu ».

  • Ricardo n’avait pas tout faux : au niveau des pays, c’est une amélioration au sens de Pareto (l’Angleterre a le vin moins cher, le Portugal la laine moins cher) ; au niveau des individus, certains perdent (les agriculteurs), d’où le critère de compensation → sécurité sociale : allocations, formations, puis intégration dans un nouveau job (charbon importé d’Australie/Afrique ; les mines de Charleroi, Liège, Limbourg fermées ; reconversion type UCB, de la chimie du charbon aux biotechnologies).
  • Économies d’échelle = produire plus pour réduire le coût unitaire : , avec la fonction

Le coût fixe (l’investissement : la molécule, l’entraînement du sportif, le local) est payé même pour et se dilue dans la production ; le coût marginal est constant (une fois la machine lancée, « elle crache »). Corollaire : le prix des médicaments doit couvrir le coût de reproduire et le coût de créer.

  • Aspirines/vitamines (, , ) : 4 usines → ; 2 usines (une par produit) → , soit un gain de spécialisation de par bien, au total. 📄 La diapo 57 affiche, pour l’emploi, 3000 personnes en petite échelle contre 2000 en grande échelle ; cette multiplication est ambiguë (4 usines contre 2 donneraient plutôt 6000 / 4000) et n’est pas commentée à l’oral → l’Europe fait les médicaments, les États-Unis les machines médicales ; les économies d’échelle sont dans un savoir-faire de secteur, pas seulement dans une usine.
  • Les limites : la dépendance et les pertes d’emploi : la spécialisation crée une dépendance (drones russes, gaz russe, cobalt du Congo — rapport Draghi) ; et, dans le même calcul en « personnes », ce sont les coûts fixes qui disparaissent → c’est le management (surtout le middle management) qui perd son emploi, pas les ouvriers. Face à la peur, il ne faut pas seulement rassurer, mais mettre en place des mécanismes de transformation — sans gaspiller.
  • Petits pays : ils gagnent toute la différence de prix (Luxembourg, et l’Irlande) mais risquent la dépendance à un monopole étranger faute de pouvoir faire les grandes usines → d’où la politique antitrust de l’UE dès 1957. Un gros acteur fait le prix mondial (bénéfice moindre mais réel).
  • Section 3 — interactions stratégiques : on ne négocie plus un prix dans des marges, on doit anticiper ce que l’autre va faire. Incitant = force qui pousse un agent et ses décisions dans une direction ; équilibre = situation où un agent n’a pas intérêt à quitter ou modifier seul sa situation tant qu’un élément neuf n’intervient.
  • Jeu des chasseurs : lièvre seul = 1 ; cerf (entreprise à deux) = 3. Matrice / / / . Deux équilibres en stratégies pures : — Pareto-dominant — et — pauvre mais stable. Les cases et ne sont pas des équilibres (on a envie de faire autre chose). Équilibre = autocontrainte de la meilleure réponse (le prisonnier est « coincé » comme le Cameroun dans la corruption : il faut que tout le monde accepte de changer les règles du jeu pour atteindre le niveau supérieur). (+ 1 équilibre en stratégie mixte, risqué, dans les slides.)
  • Organisation : la prochaine séance est le mercredi ; la prise de notes doit s’auto-évaluer et s’articuler avec le livre, les slides et l’OTP ; les exercices sont publiés sur le WebCampus ; le tutorat (petit groupe de bloc 1 + tuteur de bloc 2/3) est à inscrire avant la clôture des instructions (via QR code, 30 s).