Économie — Cours 2 : Pareto, compensation et répartition du travail
1. Accueil, appel et mise en route — [00:00]
- Petite conversation préalable [00:00–02:20] en attendant que tout le monde se connecte (remarques sur l’après-midi, sur des messages reçus, « tu penses à tout ») ⚠️ très peu intelligible dans l’audio — le prof annonce qu’il va « prendre directement notre matière » puis lance la première question.
- Le professeur fait l’appel via Wooclap, l’application de vote interactive — il invite chacun à se connecter à « son Wooclap » (~2 min de manipulation technique).
- Il reproche poliment que l’outil n’est pas optimisé : la dernière réponse affichée est coupée à l’écran et l’affichage ne s’adapte pas au support de projection (il se demande d’ailleurs s’il n’y a pas par hasard une sixième réponse possible pour les étudiants de maths/sciences).
- Conseil aux étudiants en informatique de gestion : « apprenez à optimiser le programme et les écrans » — c’est quelque chose que les informaticiens font très mal ; la preuve est ici.
- Généralisation : c’est aussi un problème courant des sites web (certains marchent très bien sur smartphone mais pas sur PC, et inversement) ; et le temps qu’un logiciel met à traiter une demande ou une donnée est extrêmement variable d’un programme à l’autre.
- Il remercie les boîtiers de vote (« les claves ») — « quand même très utiles » — et précise que l’outil n’est pas gratuit : il fonctionne par abonnement.
- Première question (sans bonne réponse, simple information) [02:51] : quelle filière faites-vous ? On obtient : sciences politiques (« effectivement un peu plus nombreux »), économie et gestion, ingénieurs, mathématiques, etc. → le prof se fait une idée de qui est dans l’amphi (« bienvenue encore une fois »).
2. Exercice interactif : « dans quel pays habiter ? » — [08:02]
- Question : choisir un pays où vivre parmi les pays (ou programmes politiques) proposés, ou « Autre », sur la base de deux critères affichés à l’écran :
- les revenus (≈ PIB / euros gagnés),
- le temps de travail / loisirs (heures travaillées).
- Le prof précise que répondre « Autre », c’est sympa « mais pas vraiment pertinent » ; et qu’il n’est pas certain qu’il n’y ait qu’une seule bonne réponse dans ce questionnaire.
- Résultats : 97 réponses « Autre », 51 « Royaume-Uni », 111 « Allemagne » (petite majorité), etc.
- Leçon de méthode : la justification de la réponse compte plus que la réponse elle-même — peu importe le choix, ce qui compte c’est d’argumenter.
Réponses et commentaires des étudiants
- « Autre » (1ᵉʳ étudiant) [09:47] : « ni France, ni Angleterre, ni États-Unis, ni Allemagne… on est en Belgique » → le prof : « c’est probablement un des meilleurs pays du monde, d’ailleurs — mais il faut le prouver ; on ne le dit pas assez ».
- Étudiant·e : « les droits de l’Angleterre ne sont pas forcément inspirants pour les autres pays du monde » → le prof : réponse personnelle tout à fait valable, mais qui ne tient pas compte de ce qui est affiché à gauche (revenus et loisirs).
- « Qui paie vos études ? Le CPS. … Et qui paie le CPS ? Tous les autres. — Ça, c’est la Belgique. » → un critère supplémentaire possible est l’aide sociale, qui permet que le CPAS paie les études de certains étudiants.
- « Autre » (2ᵉ étudiant) [11:44] : « il y a un pays associé en Europe où il y a de meilleurs revenus et beaucoup de loisirs » → le prof : c’est déjà plus précis par rapport au tableau, mais attention : « loisirs » = heures de travail au tableau, pas nécessairement l’offre culturelle ou sportive.
- Les critères sont discutables : la Finlande a des aspects « bien sympathiques » mais pas tous au tableau ; de même, on pourrait chercher revenu et loisir en Finlande ou au Luxembourg, critères absents du tableau.
- Le choix d’un bon pays à vivre n’est pas nécessairement limité aux deux critères : on peut ajouter d’autres critères (ex. l’aide sociale qui paie les études).
- « Royaume-Uni » [13:14] : « plein de gens rêvent du Royaume-Uni » — anecdote : beaucoup de migrants qui passent par la Belgique et par la France avec l’espoir de traverser la Manche et d’arriver au Royaume-Uni, car ils trouvent que ce n’est « pas assez bien » en Belgique ni en France → « il doit y avoir de bonnes raisons ». Aucun·e étudiant·e ne vient défendre le Royaume-Uni devant l’amphi (« non ? on passe ? »).
- France (argument quantitatif) [14:32] : « j’ai calculé le PIB par rapport au nombre d’heures : ~90 en France contre ~96 en Allemagne ; je préfère gagner un peu moins et avoir un peu plus de temps ».
- Pourquoi pas le Royaume-Uni ? « le score du PIB par le nombre d’heures est plus catastrophique que les deux autres ».
- Analyse du prof : pure analyse des données disponibles — au Royaume-Uni, on y travaille plus (donc moins de loisirs) et le revenu y est plus faible (pas de beaucoup, mais plus faible) → problème sur les deux critères du tableau. Ça ne veut pas dire qu’aucun autre critère ne pourrait « sauver » le Royaume-Uni, mais sur les deux critères retenus, il y a clairement un problème.
3. Retour sur le critère de Pareto (rappel du cours 1) — [15:43]
- Le prof rappelle ce qui était intéressant dans le cours de la semaine dernière : on s’est donné un critère de classement, le classement de Pareto (peut-on améliorer un score sans détériorer un autre ?).
- Sur les deux critères affichés : la France et l’Allemagne dominent strictement l’Angleterre (plus de loisirs et plus de revenus) → l’Angleterre est dominée au sens de Pareto sur le critère revenu et sur le critère loisir — il suffit de prendre le résultat de la France ou de l’Allemagne.
- C’est une méthode d’analyse, « je ne dis pas qu’il n’y en a pas d’autres » — et ce sont deux critères, « je ne dis pas qu’il n’y en a pas d’autres ».
- Belle idée d’analyse : on dispose d’un outil pour engager la discussion sur des bases extrêmement concrètes et précises (chercher d’autres critères qui rendraient finalement le Royaume-Uni meilleur, ou se demander pour la France/l’Allemagne : qu’est-ce que je préfère ?).
- Entre la France et l’Allemagne, aucun ne domine l’autre : l’un domine en revenus, l’autre en loisirs → choix personnel.
- Le prof invite à défendre l’Allemagne [17:07] : « il y a 111 votes, une toute petite majorité, ils préfèrent vivre en Allemagne ».
4. Du classement à l’ordre de grandeur : le critère de compensation — [17:21]
- Argument d’un étudiant en faveur de l’Allemagne [17:21] : « je trouve l’écart entre le PIB plus important que l’écart entre le nombre d’heures : il y a ~9 000 $ de différence, contre ~70–80 h de travail ⚠️ (chiffre peu audible dans l’audio, l’ordre de grandeur est « quelques dizaines d’heures ») — je trouve que l’écart n’est pas si important que ça ».
- Le prof : aliment très intéressant, mais différent — on sort du classement (est-ce plus ou moins ?) pour comparer les ordres de grandeur : est-ce beaucoup plus ou beaucoup moins ? → « on va revenir à ça, mais notez-le déjà ».
- C’est l’intuition du critère de compensation (nommé en [18:32]) : les gains d’un côté sont tellement grands qu’ils compensent les pertes de l’autre.
- Ex. : pour cet étudiant, les gains de l’Allemagne en PIB compensent le manque de loisirs par rapport à la France.
- Mais il y a certainement dans l’amphi (il y a eu des réponses en faveur de la France) des gens qui pensent au contraire que le supplément de loisirs en France compense largement la perte de revenus — c’est précisément pour ce genre de choses qu’on vote et discute : ce sont des questions de choix.
- Question ouverte et individuelle : est-ce que le gain de revenus compense la perte de loisirs (ou l’inverse) ? → le critère de compensation sera encore plus pertinent dans d’autres cas.
5. Bilan de l’exercice : ce que la classe a appris — [20:10]
- Beaucoup de gens (≈ 100) veulent regarder autre chose que revenu/loisirs (y compris le prof lui-même, qui « ne s’est pas contenté du revenu ») → c’est légitime, mais il faut choisir quoi regarder.
- Sur les deux critères affichés, la France et l’Allemagne dominent strictement l’Angleterre au sens de Pareto (mieux en loisirs et en revenus) ; entre la France et l’Allemagne, aucun ne domine partout (l’un en revenus, l’autre en loisirs) → choix personnel. C’est vrai seulement sur les deux critères affichés — on peut ajouter des critères.
- On peut enchaîner sur une question suivante : le gain de revenus compense-t-il la perte de loisirs, ou le gain de loisirs compense-t-il la perte de revenus ? — question ouverte, généralement individuelle ; le critère de compensation sera encore plus pertinent dans d’autres cas.
6. Quelles autres informations voudriez-vous sur le travail ? — [22:28]
- Le prof demande quelles autres informations on voudrait avoir sur le travail (« il n’y a pas de bonne réponse », chacun peut avoir un point de vue) et précise qu’« on n’est pas obligé de copier sur son voisin » [23:32].
- Résultat du vote [23:51] : les heures par travailleur (2ᵉ choix de l’amphi) — logique pour comparer les pays ; « je vois qu’il y a une grande curiosité pour les heures par travailleur ».
- Une étudiante a voté pour l’écart de pourcentage dans les revenus (« parce que c’est ce qui me parle le plus : quand je compare plusieurs travailleurs, je trouve ça plus pertinent de comparer les salaires pour se positionner ») et se demande si les écarts devraient être plutôt égaux ou plutôt différents : « ça dépend des métiers — on ne peut pas mettre les mêmes salaires pour des métiers différents ».
- Discussion : des écarts de salaires trop grands créent des tensions sociales, mais l’égalité stricte est aussi discutable (métiers, temps de travail vs temps hors travail, incitants à s’orienter vers tel métier, incitants à travailler à certains moments de la vie plutôt qu’à d’autres…).
- Les incitants sont un thème récurrent du cours → on y reviendra.
- Certaines différences sont très difficiles à justifier, d’autres sont problématiques — si pas au niveau des rémunérations, au moins au niveau des possibilités de consommation → des écarts qui rendent la société « tendue, inutilement tendue ».
- Programme du cours : après les critères d’efficacité (Pareto, compensation), on ajoutera des critères d’équité / justice sociale — deux plans d’analyse différents qu’il faudra combiner (comme il y a une différence entre revenu et loisir, il y a une différence entre équité et efficacité) ; mais on risque de trouver des pays où on n’a ni l’égalité ni l’efficacité → là, il y a un problème.
7. Pourquoi les « heures par travailleur » sont-elles si intéressantes ? — [27:02]
- Le prof interroge l’amphi ([26:53]) : « qu’est-ce que ça va nous apprendre, les heures par travailleur ? » (certains ont voté « juste pour savoir » ou parce que « la barre se remplissait plus vite », plaisante-t-il). Réponse d’un étudiant : « ben, ce sont les travailleurs qui vont produire le PIB » — vrai, mais ce n’est pas tout.
- Attention, distinction que le prof corrige à chaud [27:48] : un étudiant dit « vous avez voté les heures par travailleur », le prof le corrige — « ah non, les travailleurs dans la population ». C’est justement la quantité de travailleurs dans la population qui intéresse, et c’est elle qui est liée aux heures par travailleur par l’identité mathématique ci-dessous.
- Le prof souligne la méthode [27:12] : « vous voyez que toutes les réponses sont bonnes, je ne convainc d’aucune réponse ; au contraire, on les utilise pour mieux comprendre le cours ».
- Savoir combien d’heures par travailleur ET combien de travailleurs dans la population, c’est savoir :
- qui produit (le PIB),
- qui a du loisir et qui n’en a pas,
- cas extrême : un pays avec beaucoup d’heures par travailleur mais peu d’heures travaillées au total → certains travaillent trop, d’autres ne travaillent pas du tout (qu’ils le veuillent ou non — autre question),
- qui paie pour les autres (à travers impôts/aides),
- si le loisir et le revenu sont équitablement répartis,
- si ceux qui ont beaucoup de revenus paient pour ceux qui n’en ont pas,
- si le non-travail est volontaire ou involontaire.
- Ça amène des questions sociales (équité, justice) et des questions personnelles de satisfaction : satisfaction du loisir mais aussi satisfaction du travail (apprendre, avoir un métier, participer à la vie de la société, être avec les autres ; « sinon, vous ne seriez pas ici » — pas seulement pour le diplôme qui permet de bien gagner sa vie).
- Exclusion [31:06] : dans un pays où beaucoup de gens n’ont pas de travail, se pose la question de l’exclusion. Même avec des revenus de remplacement, on n’est pas exclu de la consommation mais on est exclu de la production et d’une bonne partie de l’activité du pays. Est-ce souhaitable ? Est-ce nécessaire ? (parfois oui : trop vieux, malade…).
8. La relation mathématique — [31:54]
Le prof montre que les travailleurs dans la population et les heures par travailleur sont liés mathématiquement :
avec = heures de travail, = quantité de travail — « le labeur » (le prof insiste sur le terme), = population.
- Le prof ajoute une ligne au tableau France/Allemagne [33:33] :
- France : 1 501 h par travailleur,
- Allemagne : 1 347 h par travailleur.
- Donc la France totalise moins d’heures dans la population ( bas), mais ceux qui travaillent travaillent plus longtemps quand ils travaillent ( haut) et il y a moins de travailleurs dans la population (colonne ).
- Reste à voir s’ils paient beaucoup ou peu pour les autres : il faudrait regarder comment le revenu est réparti — le prof n’a pas mis ces données, donc c’est encore une question en plus.
- Digression méthode [34:47] : « c’est génial l’économie : les questions n’arrêtent pas de s’appeler les unes les autres ». Ne pas s’arrêter à un titre d’article de journal, un journaliste (télé/radio) ou un podcast : on n’a qu’un « tout petit tableau », mais on peut ajouter des lignes — c’est là que ça devient intéressant, on comprend mieux la société qu’en s’arrêtant à un titre. Le prof rappelle qu’on a « 5 ans » de formation pour se demander : « qu’est-ce que je voudrais savoir en plus pour mieux comprendre ce qui se passe ? »
9. Participation à l’activité productive — [36:04]
- Les travailleurs français travaillent plus d’heures quand ils travaillent, et pourtant au total la population travaille moins : donc la part de travailleurs dans la population n’est que de… 42,5 % en France.
- France : participation de 42,5 % de la population à l’activité productive.
- Allemagne : participation de 52 %.
- Pourquoi ? En France : plus de retraités (retraite à 62 ans vs 67 ans en Allemagne) et plus de chômeurs (~8 % en France) — voire malades de longue durée et autres.
- Conclusion : la France fait « mieux » pour le loisir moyen, mais pas pour tout le monde : surtout pour ceux qui ne travaillent pas du tout.
L’épisode des 35 heures — [37:40]
- La France a voulu augmenter la participation en réduisant les heures de ceux qui travaillent : la Loi des 35 heures (Martine Aubry).
- Lecture provocante du prof : Louis XIV (Roi-Soleil), Martine Aubry, la République socialiste, le communisme = « exactement le même raisonnement » : le pouvoir décide pour le peuple (appropriation des moyens de production par un État qui décide ; « toutes les dictatures sont les mêmes, qu’elles soient de gauche ou de droite » — « Roi-Soleil, communiste : décide »).
- Résultat : avec les 35 heures, la participation n’est pas plus élevée malgré tout (en partie à cause des retraites, etc.).
- Le thème était le chômage : les 35 heures étaient censées le réduire (« c’est notre problème »). Face au résultat, l’État a dit « débrouillez-vous » : on accepte et on encourage le temps partiel.
- Le temps partiel n’est pas top non plus : il n’est pas toujours choisi et ne permet pas toujours d’avoir un bon recul — mais le résultat au niveau de la participation est là : plus de gens ont trouvé du travail en France (parce que ça arrange les travailleurs, ou parce que ça arrange les entreprises prêtes à prendre plus de monde à condition que ce soit à temps partiel).
- Bilan : les 35 heures n’ont pas éliminé le chômage ; c’est surtout le temps partiel qui l’a fortement réduit — vrai aussi en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne.
- À chaque fois, des questions supplémentaires à se poser ; certaines différences sont liées à des choix collectifs, d’autres à des choix sociologiques, d’autres à des circonstances exceptionnelles.
- Prudence : comparer des pays est difficile — aucun pays ne part avec exactement les mêmes ressources ni les mêmes éléments de départ ; le prof n’a pas mis la Pologne ni les États-Unis dans le tableau (« c’est trop différent ! »), et les comparer directement à la France, l’Allemagne et l’Angleterre serait « un peu audacieux » ; même le Luxembourg est difficile à comparer (bien plus petit).
10. Où se situe la Belgique ? — [40:47]
- Question du prof : la Belgique est-elle dominée au sens de Pareto ? Et puisque, entre la France et l’Allemagne, le critère de Pareto ne permet pas de trancher, tout autre pays serait-il « condamné » à être dominé ou par la France ou par l’Allemagne, comme l’Angleterre ? Mathématiquement ? Non.
- Prenons la Belgique [42:09] — on revient au cas simple (revenus + loisirs) : elle est entre les deux.
- Heures : moins qu’en Allemagne, plus qu’en France.
- Revenu (PIB par habitant) : moins qu’en Allemagne (« pas beaucoup »), plus qu’en France.
- La Belgique n’est pas dominée au sens de Pareto : dominée par la France en heures, mais domine la France en revenu ; dominée par l’Allemagne en revenu, mais la domine en loisirs.
- Moralité : il y a place pour un troisième pays « entre les deux » → le critère de Pareto est trop limité quand le classement n’est pas absolument clair.
- Digression : la Belgique « toujours un peu entre deux, toujours un peu un compromis » — flamands et wallons, français et néerlandais, germanique et latin ; « beaucoup de papotage, et beaucoup de liberté dans l’entrepreneuriat : en fait, c’est pas mal ».
- Et de très bons CPAS : une des raisons de limiter le chômage indemnisé à 2 ans est d’envoyer les gens vers le CPAS, où ils sont mieux pris en charge qu’à l’ONEM ; le CPAS fait un travail « extraordinaire » — pas seulement donner des sous : l’accompagnement.
- Les gens ne sont pas des machines : il ne suffit pas de « mettre une pièce » pour qu’ils raccrochent ou qu’ils produisent — c’est vrai tant pour les entreprises qui doivent manager du personnel que pour l’État qui doit manager des gens « un peu en décrochage ».
11. Chapitre 1 : les critères — [45:07]
Le prof clôt le quiz (le « piège de Wooclap » a encore pris le temps : « notre temps passe très, très vite ») et reprend le Chapitre 1 (« question… et observée ») sur le problème des évaluations : les critères d’efficacité, les critères de justice et leur combinaison.
Récapitulatif des critères d’efficacité
- Critère de Pareto : « un des trucs que vous ne pouvez pas oublier — au moins jusqu’à ce que vous ayez réussi l’examen » (et utile pour beaucoup de choses ensuite). Il ne demande pas de comparer les gens, les revenus ou les loisirs : c’est juste un classement. Très utile, mais très limité : il ne tranche que quand le classement est absolument clair, ce qui est relativement rare — le cas de la France/Allemagne/Belgique l’illustre ; pour l’Angleterre, par contre, là c’est clair.
2ᵉ critère : la compensation — [46:55]
« Les gains dans un domaine compensent-ils les pertes dans un autre ? » — ou encore : passer d’une situation à une autre cause peut-être des pertes, mais qui peuvent être compensées. Exemple chiffré (deux situations) :
| Situation | Agent A | Agent B | Total |
|---|---|---|---|
| 2 | 18 | 8 | 26 |
| 3 (sans compensation) | 17 (−1) | 12 (+4) | 29 |
| 3 (avec compensation) | 18 (0) | 11 (+3) | 29 |
- En passant de la situation 2 à la 3 : l’agent A descend de 18 à 17, il n’est pas content — « il est plus riche, mais il n’est quand même pas content » ; l’agent B monte de 8 à 12, il est très content — et il gagne plus que l’autre n’a perdu : en variation, il ajoute +4 à son revenu, l’autre ne perd qu’1.
- Grâce aux 4 gagnés, B peut compenser celui qui perd → le gain total est clairement supérieur ; additionner les satisfactions est difficile (c’est subjectif), mais c’est justement la question qui se pose.
- Totaux : 26 en situation 2 → 29 en situation 3 : la situation 3 donne au total plus que la situation 2.
- L’agent qui veut bloquer peut être « corrompu » de façon tout à fait respectable : on lui offre une compensation → tout le monde gagne. Avec compensation : A = 18 (indifférence), B = 11 (moins que 12 mais toujours mieux que 8), et on conserve les 29 → on a gagné ; il vaut mieux utiliser la compensation pour améliorer la situation.
- Définition : le critère de compensation dit que si les gains produits sont supérieurs aux pertes engendrées, et que les gagnants compensent les perdants, alors on peut passer d’une situation à l’autre qui améliore le bien-être total.
Points clés — [résumé]
- Exercices interactifs : la justification de la réponse est plus importante que le choix lui-même (97 « Autre », 51 Royaume-Uni, 111 Allemagne) ; un tableau donne toujours la possibilité d’ajouter des lignes/critères.
- Critère de Pareto : améliorer au moins un score sans détériorer les autres. Un pays (ou situation) est dominé s’il existe une alternative strictement meilleure sur tous les critères retenus.
- Royaume-Uni dominé par France et Allemagne sur (revenu, loisir) ; France vs Allemagne = choix personnel (aucun ne domine).
- Critère de compensation : comparer les ordres de grandeur ; une situation est préférable si les gains compensent les pertes (ex. 26 → 29, avec compensation des perdants).
- Efficacité ≠ équité : le cours ajoutera des critères de justice distributive aux critères d’efficacité ; on peut trouver des pays sans égalité ni efficacité.
- Identité clé : — heures dans la population = heures par travailleur × part de travailleurs ( = « le labeur »).
- France vs Allemagne : France = moins de travailleurs (42,5 % vs 52 % de participation), mais ceux qui travaillent travaillent plus (1 500 h vs 1 347 h) ; retraite 62 vs 67 ans ; chômage ~8 %.
- 35 heures : n’ont pas supprimé le chômage ni augmenté la participation ; c’est surtout le temps partiel qui l’a réduit (Belgique, Pays-Bas, Allemagne).
- Belgique : « entre deux » (ni dominée ni dominante) → le critère de Pareto est trop limité, on a besoin de la compensation et de l’équité ; très bons CPAS (mieux pris en charge qu’à l’ONEM, accompagnement plutôt que chèques).
- Annonce : la justice distributive sera le point de départ de la séance suivante (le prof a commencé le sujet trop tard).